L’écosystème européen des cryptoactifs évite la sortie de route
L’avenir des cryptomonnaies en Europe était suspendu aux décisions du Parlement européen. Hier, la Commission des affaires économiques et monétaires (Econ) du Parlement européen a voté en faveur du texte final de la réglementation Markets in cryptoassets ou MiCA qui vise à encadrer les cryptoactifs. Le texte doit entrer en vigueur d’ici la fin de l’année : 31 députés ont voté pour le texte, 4 contre et 23 se sont abstenus.
Parmi les amendements du texte, figurait notamment un point épineux sur le système de « preuve de travail », aussi appelé proof of work. Au grand soulagement de l'écosystème, 30 députés ont voté contre son interdiction dont des membres du Parti populaire européen (PPE), du parti conservateur ECR et du groupe Renew (libéral) et 6 députés se sont abstenus; 23 députés ont voté pour l’interdiction de ce système de minage des cryptoactifs, parmi lesquels les Verts et des membres de la gauche européenne.
Le Parlement européen « a ouvert la voie à une réglementation des cryptoactifs favorable à l’innovation et susceptible de fixer des normes dans le monde entier. La réglementation créée est pionnière en termes d’innovation, de protection des consommateurs, de sécurité juridique et d'établissement de structures de surveillance fiables dans le domaine des cryptoactifs. De nombreux pays du monde entier vont désormais s’intéresser de près au MiCA », a déclaré hier Stefan Berger, le député européen en charge de la réglementation MiCa.
Il s’agissait d’un point de blocage essentiel de MiCA, pour des raisons de durabilité. Jeudi dernier, Stefan Berger avait dévoilé que le projet d’interdiction de la proof of work avait été retiré du texte final. Mais coup de théâtre, le lendemain, le député français Pierre Person avait indiqué que la mention concernant le bannissement du minage de cryptomonnaie en preuve de travail avait ressurgi dans le texte qui devait être voté lundi, semant un vent de panique chez de nombreux acteurs de l'écosystème des cryptomonnaies.
Une interdiction aurait porté un réel coup dur au secteur, très dépendant de ce système. La proof of work sécurise de nombreuses blockchains, telles que bitcoin et ethereum, grâce à des mineurs qui utilisent la puissance de calcul d’ordinateurs pour valider des transactions et générer de nouveaux blocs. Les mineurs les plus rapides à valider une transaction sur la blockchain bitcoin sont par exemple récompensés en bitcoins. Or, contrairement à d’autres systèmes - comme la preuve dite d’enjeu - la preuve de travail consomme beaucoup d’énergie, d’où la volonté de certains législateurs européens de mettre fin à cette pratique.
Enjeu de souveraineté
Mais dans un univers aussi décentralisé que celui des cryptoactifs, l’interdiction de la proof of work aurait eu pour effet de déplacer tout l'écosystème crypto européen vers les Etats-Unis ou l’Asie. Un suicide économique et technologique pour l’Europe, estimaient ces derniers jours les partisans du bitcoin.
Les cryptoactifs seront inclus comme tous les autres produits financiers, dans le domaine de la taxonomie. Les députés ont ainsi demandé à la Commission européenne de présenter une proposition législative « visant à inclure dans la taxonomie toute activité de minage de cryptomonnaies qui contribue de manière substantielle au changement climatique », d’ici le 1er janvier 2025. Par ailleurs, face à la consommation énergétique de certains secteurs, tels que les jeux vidéo, les députés ont demandé à la Commission de travailler sur une législation abordant ces questions.
L’Association pour le développement des actifs numériques « se réjouit que la solution à la fois la plus efficace en matière de lutte face aux enjeux environnementaux, et la plus pragmatique pour le développement du secteur crypto, ait été retenue par la commission Econ du Parlement européen », déclarait lundi à L’Agefi sa présidente, Faustine Fleuret. « Tout en préservant notre souveraineté technologique et notre compétitivité, elle permettra d’associer l’industrie aux objectifs environnementaux de l’UE, de tirer profit des opportunités qu’offre le minage pour ces objectifs, et de structurer en Europe les champions qui les porteront », ajoute-t-elle.
Le règlement MiCa a également prévu d’inclure une typologie des cryptoactifs au sein de l’écosystème. Dans son projet présenté en septembre 2020, la Commission européenne avait indiqué vouloir réglementer les stablecoins, ces cryptomonnaies adossées au cours d’une monnaie légale (dollar, euro), en raison de leur «risque» pour la stabilité monétaire.
Après le vote d’hier, un trilogue avec le Conseil et la Commission européenne est prévu. Après leur accord final, qui devrait prendre plusieurs mois, la loi entrera en vigueur. L’entrée en vigueur de la réglementation européenne sur les cryptoactifs est attendue d’ici la fin de l’année. Les entreprises disposeront d’une période de transitions de six mois pour se conformer aux exigences.
Plus d'articles du même thème
-
Stanislas Barthelemi (Adan) : «Il y a une diversification des acteurs dans l’écosystème des crypto»
A l’occasion de la première édition de Bank Acceleration, Stanislas Barthelemi, président de l’Adan, a fait le point sur les évolutions en cours au sein de l’écosystème des professionnels des actifs numériques. Il souligne notamment une diversification à la fois dans la typologie des acteurs, avec l’arrivée des banques traditionnelles, mais aussi dans les univers d’investissement ciblés. -
Le Conseil européen approuve le texte sur la supervision unifiée des marchés de capitaux
Le paquet réglementaire pour la supervision unifiée des marchés de capitaux franchit une étape importante, sous la présidence irlandaise qui s’est démenée pour faire avancer la procédure et espère voir cette dynamique aboutir à une adoption complète en 2027. -
BNY Mellon lance une offre de conservation d'actifs numériques en Europe
La plateforme Digital Asset Custody de Bank of New York Mellon a été lancée il y a deux ans. Dotée d'un agrément MiCA, elle espère se développer en Europe auprès des institutionnels.
ETF à la Une
Schroders crée le poste de responsable du développement ETF pour la France, la Belgique et le Luxembourg
- Les gestions anticipent une résistance modérée des Bourses
- Worldline s'assure une place dans la course à l'agentique
- Schneider Electric rachète l'américain PTC pour 20 milliards d'euros
- La France a encore des raisons de croire en son économie
- La France ne peut pas encore miser sur une intervention de la BCE
Contenu de nos partenaires
-
L'Odyssée de l'IAXavier Boileau (Oliver Wyman) : « Tout “souverainiser” coûte très cher, ne rien “souverainiser” crée une dépendance dangereuse à terme »
Le cabinet de conseil Oliver Wyman a publié des enquêtes « IA Agentique » auprès de 200 dirigeants de grandes entreprises en août 2026 -
Palestine : Mahmoud Abbas repousse les législatives d’une année, une présidentielle convoquée pour septembre 2027
Pour justifier sa décision, la présidence palestinienne évoque des « obstacles imposés par les mesures israéliennes qui empêchent la tenue des élections à la date initialement prévue ». L’Autorité palestinienne veut aussi « créer des conditions politiques, sécuritaires et concrètes appropriées afin de garantir des élections libres, équitables et inclusives » -
Intelligence artificielleLes 100 qui font l'IA en Europe (2026) : les constructeurs
Avec le cabinet de conseil Oliver Wyman, l'Opinion révèle les 16 personnalités de l'IA de la catégorie « constructeurs ». Ils se sont distingués cette année par leur influence sur l'essor de l'IA