Le Parlement européen envoie un signal fort au secteur des cryptomonnaies
Un an après s'être penchée sur le sujet, la Commission des affaires économiques et monétaires (Econ) du Parlement européen votera lundi 14 mars sur le projet final de la réglementation Markets in crypto-assets ou MiCA, qui vise à encadrer les cryptoactifs. Les résultats du vote seront connus lundi en fin de journée. Contacté par L’Agefi, un porte-parole de la commission Econ confirme que le texte final devrait être adopté.
L’Union européenne peut devenir une « référence mondiale avec Mica », a tweeté l’un des responsables de ce projet, le députe européen Stefan Berger, invitant les députés à voter en faveur du texte final. « Un soutien fort à MiCA est un signal fort du Parlement européen en faveur d’un secteur financier technologiquement neutre et favorable à l’innovation ». Pour lui, cette réglementation est à l’avant-garde « en matière de capacité d’innovation, de protection des consommateurs, de sécurité juridique et de création de structures de surveillance fiables dans le domaine des cryptoactifs ».
«Preuve de travail»
Le vote, qui devait initialement avoir lieu le 28 février, avait été repoussé en raison d’un point de blocage : une section du texte initial portait sur une interdiction ou des restrictions du système de« preuve de travail », aussi appelé proof of work, pour des raisons de durabilité. Une interdiction aurait porté un réel coup dur au secteur des cryptomonnaies, très dépendant de ce système. La proof of work sécurise de nombreuses blockchains, telles que bitcoin et ethereum, grâce à des mineurs qui utilisent la puissance de calcul d’ordinateur pour valider des transactions et générer de nouveaux blocs. Les mineurs les plus rapides à valider une transaction sur la blockchain bitcoin sont par exemple récompensés en bitcoins. Or, contrairement à d’autres systèmes - comme la preuve dite d’enjeu - la preuve de travail consomme beaucoup d’énergie, ce qui a alerté de nombreux Etats membres de l’Union européenne.
Lundi, Stefan Berger a annoncé que la version finale de MiCa ne fera plus mention d’une interdiction du système de preuve de travail. « Une discussion indépendante de la preuve de travail n’est plus prévue dans la règlementation Mica », a expliqué ce dernier. Pour lui, compte tenu du débat sur la durabilité, il propose « d’inclure les cryptoactifs, comme tous les autres produits financiers, dans le domaine de la taxonomie ». La taxonomie verte européenne, qui dresse la liste des activités ayant un impact favorable à l’environnement, « pourrait apporter de la clarté et assurer une meilleure base d’information pour les consommateurs.»
Le règlement MiCa a également prévu d’inclure une typologie des cryptoactifs au sein de l’écosystème. Dans son projet présenté en septembre 2020, la Commission européenne avait indiqué vouloir réglementer les stablecoin, ces cryptomonnaies adossées au cours d’une monnaie légale (dollar, euro), en raison de leur « risque » pour la stabilité monétaire. Les autres cryptoactifs sont soumis à des exigences plus légères. Le projet excluait les jetons non fongibles (NFT) et la plupart des produits sur la finance décentralisée (DeFi). MiCa compte également mieux encadrer les prestataires de services en actifs numériques, aussi appelés PSAN en France, notamment en matière de conformité.
« Ce projet de règlement poursuit l’objectif de permettre à ce marché de se développer sainement, en distinguant les acteurs européens du fait de la qualité de leur mode opératoire, face à d’autres sans doute moins contraints, notamment en matière de sécurité et de lutte contre le blanchiment », estimait début février Franck Guiader, directeur de Gide 255, Innovation et FinTech dans L’Agefi Hebdo. MiCA « pourrait ainsi constituer un clap d’harmonisation et d’accélération nécessaire au développement du marché européen des cryptoactifs, à condition que les enjeux de compétitivité soient parfaitement et immédiatement intégrés par les autorités nationales et européennes dans la mise en œuvre de ce nouveau dispositif réglementaire », ajoutait l’avocat.
Après le vote de lundi, un trilogue avec le Conseil et la Commission européenne est prévu. L’entrée en vigueur de la réglementation européenne sur les cryptoactifs est attendue d’ici la fin de l’année, mais le contexte de guerre en Ukraine pourrait accélérer le calendrier.
Plus d'articles du même thème
-
Le Conseil constitutionnel renforce la protection des tiers saisis face aux mesures de recouvrement
Saisis d'une question prioritaire de constitutionnalité, les Sages ont invalidé une disposition fiscale permettant de faire peser sur un tiers saisi la totalité de la dette du redevable, consacrant ainsi une application stricte du principe de proportionnalité des peines. -
Une fusion transatlantique se profile dans le secteur des ingrédients
Le britannique Tate & Lyle a accepté une offre d’achat en numéraire de son concurrent américain Ingredion, qui valorise sa cible 3,7 milliards de livres dette incluse. -
Revolut viserait d'ores et déjà 115 milliards de dollars de valorisation
La néobanque britannique envisage une nouvelle cession d'actions existantes, selon Bloomberg. Ce nouveau jalon marquerait une nouvelle hausse de sa valorisation par rapport aux 75 milliards atteints en novembre 2025, en vue in fine d'une introduction en Bourse autour de 200 milliards d'ici à 2028.
ETF à la Une
WisdomTree rejoint la course aux ETF spatiaux en Europe
- L'extravagante valorisation de SpaceX suscite le vertige
- Les banques affûtent leur stratégie de conquête dans l’immobilier
- Airbus se dirige vers un deuxième trimestre réjouissant
- La stratégie d'investissement de détail européenne provoque une poussée de fièvre côté français
- Des manquements déclaratifs pourraient coûter 1,8 million d’euros à Bourse Direct
Contenu de nos partenaires
-
Défausse ou défense ?Affaire Lyhanna : Gérald Darmanin renvoie les magistrats à leurs responsabilités
« S’il y a eu des défaillances, il y aura des sanctions », a prévenu le ministre de la Justice, lundi. Encore faudra-t-il qualifier ces éventuelles fautes -
Affaire Lyhanna, justice criminelle : Gérald Darmanin sur tous les fronts
L'examen du projet de loi sur la justice criminelle a débuté lundi à l'Assemblée nationale, par l'audition en commission des Lois du ministre. Au cœur des critiques que suscite l'affaire Lyhanna, le garde des Sceaux doit désormais s'assurer de l'adoption d'un texte dont le contenu crée la polémique depuis sa présentation -
Noir, c'est noirRetraites : l'avenir s'assombrit encore
Les derniers calculs du Conseil d'orientation des retraites aggravent le solde du système, avec un dérapage du déficit à 2,4 points de PIB en 2070