Le bitcoin, à consommer avec modération
Il en va du bitcoin comme des vegan : il y a les « pro » et les « anti », et il est impossible de réconcilier les deux camps autour d’une bonne table. La flambée des prix en 2020 a donné un appétit d’ogre aux crypto-évangélistes, qui se flattent d’avoir accédé les premiers à la vérité révélée et vantent leurs performances miraculeuses. Leur raisonnement semble imparable : conçu dès l’origine pour ne pas dépasser une certaine quantité, le bitcoin est une denrée rare, donc précieuse. Dans la nouvelle ère numérique, cela ferait de lui une protection idéale contre l’inflation et le remplaçant naturel de l’or, cette « relique barbare » qui n’a jamais autant mérité son surnom. En face, les détracteurs du bitcoin convoquent tour à tour le récit de l’adoration du veau d’or et le souvenir de la crise des tulipes de 1637 aux Pays-Bas, en ironisant sur la prochaine ruine des boursicoteurs.
Mais janvier 2021 n’est pas janvier 2018, lorsqu’une starlette de téléréalité déclenchait les railleries en France en déclarant sa flamme au bitcoin. Depuis, ce marché encore étroit s’est professionnalisé, a bâti une infrastructure qui le rapproche d’autres produits financiers, a attiré à lui des entreprises comme PayPal et des institutionnels ayant pignon sur rue. Si BlackRock et JPMorgan, deux champions mondiaux dans leur domaine respectif, s’intéressent au sujet après l’avoir décrié, c’est qu’ils y voient à la fois leur intérêt et un phénomène qu’il n’est plus concevable de balayer d’un bon mot et d’un revers de main.
Entre les carnivores invétérés et le tout végétal, il est possible de consommer avec modération. Oui, le bitcoin est l’un des instruments préférés des spéculateurs. Oui, il est énergivore, dépourvu de valeur intrinsèque et ne sert à rien, même si une poignée de fintech tentent de lui trouver une application pratique. Son caractère désinflationniste et ses similitudes avec le métal jaune incitent à le stocker plutôt qu’à le vendre, ce qui le rend tout aussi inutile comme moyen de paiement. Au passage, les banques centrales ont bien compris la menace que font peser les cryptomonnaies privées et ont engagé la riposte en planchant sur une version digitale des grandes devises. A défaut d’être une monnaie d’échange, le bitcoin peut-il devenir une réserve de valeur au même titre que l’or ? Au vu de sa volatilité extrême, que l’on a pu constater encore ces derniers jours, le doute est permis.
Mais il est rare qu’une bulle gonfle pendant plus de dix ans et qu’un actif présente une telle croissance sur longue période. A petites doses, la création de Satoshi Nakamoto peut relever le goût d’une allocation d’actifs que la faiblesse actuelle des taux d’intérêt rend largement insipide. Si elle y réussit dans les années à venir, ce sera déjà beaucoup.
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