La Chine coupe les ailes aux acteurs du microcrédit
Le régulateur chinois a stoppé net les volontés d’introduction en Bourse (IPO) du géant Ant Group. Dans un projet soumis à consultation du public jusqu’au 2 décembre, la Chine a décidé de durcir sa règlementation sur le microcrédit en ligne. Son objectif ? Limiter les risques financiers induits par l’émergence des nouveaux acteurs.
A ce jour, environ 98% des crédits à la consommation et aux PME autorisés par Ant Group ont été souscrits par les institutions financières partenaires, signifiant que le financement actuel de la plateforme ne représente que 2% de l’encours de crédit. Désormais, le régulateur chinois impose aux microprêteurs de financer non pas 2% mais 30% de tout prêt conjoint.
«Cette nouvelle mesure pourrait avoir un impact non négligeable sur leur business model», estime Yassine Regragui, expert Fintech et Chine, ancien d’Ant Group. En effet, le géant chinois devra revoir ses commissions de frais de services technologiques, soit le pourcentage des intérêts qu’il perçoit sur les soldes créditeurs activés par sa plate-forme. De même, selon les analystes de Bernstein, pour qu’Ant Group finance ces 30%, il devra tripler ses actifs nets pour atteindre 16 milliards de dollars.
La filiale crédit d’Ant a contribué à près de 40% des revenus du groupe sur les six premiers mois de l’année, à travers Huabei et Jeibei qui sont les services de crédits à la consommation et MyBank qui permet d’octroyer des crédits à des PME. Fin juin, le solde des prêts à la consommation d’Ant s'élevait à 1.700 milliards de yuans (217 milliards d’euros).
Ce projet de consultation concerne les micro-prêteurs qui offrent des crédits en collaboration avec les institutions financières. Parmi les autres mesures phares du projet, les emprunteurs seront limités à un montant d’environ 38.000 euros par crédit. De même, ils devront exercer dans une province pendant trois ans avant de pouvoir effectuer des opérations inter-provinciales.
La nouvelle règlementation chinoise aura vocation à s’appliquer à l’ensemble du secteur du microcrédit en Chine, qu’il s’agisse de géants chinois comme Ant Group, Tencent (WeChatPay) ou encore Ping An (Lufax), comme des nouveaux acteurs comme JD.com, Baidu ou encore Wanda Group.
«Le marché du microcrédit en Chine n’est pas énorme, les acteurs qui se démarquent sont les BATX. Cette règlementation devrait permettre le développement des banques traditionnelles sur le marché du microcrédit, et forcer les acteurs en place à chercher des fonds. Je le vois comme un win-win», estime l’expert qui considère que l’idée, pour le régulateur, est «de mettre tout le monde sur le même piéd d'égalité. Cette règlementation ne se fait pas du tout contre tel ou tel acteur mais elle s’appliquera à tous les acteurs du microcrédit».
Un empilement de règles
Désormais, Ant devra «se préparer ou se plier à ces règles» avant son IPO initialement prévue le 5 novembre. Son IPO «prendra probablement quelques mois mais elle restera l’une des plus grosses de l’histoire. Je ne vois pas cette nouvelle règlementation comme un frein car Ant a la confiance de ses utilisateurs et investisseurs. Tencent va aussi essayer de mettre à niveau ses services financiers, cela va être intéressant de suivre cela de près».
Ces nouvelles mesures s’ajouteront à la réglementation en vigueur depuis 2017 en Chine, qui autorisait seulement les entités et les individus disposant d’une licence à effectuer des activités de crédit. Un texte qui avait notamment conduit certaines entreprises chinoises de microcrédit comme Qudian ou encore Lufax à s’introduire en Bourse à Wall Street.
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