La blockchain s’apprête à être déployée dans la gestion d’actifs
Les promesses de réduction de coûts et d’amélioration de la transparence dans la souscription et la distribution de fonds grâce à la blockchain donnent lieu à de multiples preuves de concept (POC). Deux projets sortent du lot : ayant réussi leur phase de test, ils sont en préproduction pour un déploiement industriel et commercial au cours de 2018.
D’un côté, la plate-forme Iznes, développée par la start-up Setl pour le compte de cinq gestionnaires d’actifs : OFI AM, Groupama AM, La Financière de l’Echiquier, Arkéa Investment Services et La Banque Postale AM (cette dernière n’ayant pas communiqué sur son engagement dans l’initiative). Iznes réalise de la tenue de registre du passif des OPC (organismes de placement collectif) grâce à une blockchain privée fournie par Setl. Son test opérationnel, rendu public hier, a consisté à passer des ordres d’achat et de vente de parts d’OPC gérés par OFI AM, pour le compte de Macif et Matmut. En outre, «une communauté élargie de gestionnaires d’actifs, en plus des cinq de départ, sont en train de rejoindre le projet», se réjouit Christophe Lepitre, président du comité de suivi d’Iznes et directeur général délégué d’OFI AM.
D’importantes différences entre les deux solutions
D’autre part, la plate-forme FundsDLT, créée et administrée par Fundsquare (filiale de la Bourse de Luxembourg), en partenariat avec KPMG Luxembourg et la société informatique In’Tech. Elle utilise une blockchain privée tournant sur Ethereum pour effectuer le routage d’ordres, la liquidation (déplacer la trésorerie) et la tenue de registre. Elle a été testée par Natixis Asset Management (NAM) l’année dernière, puis par BNP Paribas Asset Management (BNPP AM) qui a communiqué dessus avant-hier.
Dans les deux cas, la blockchain réduit les coûts et améliore la transparence, surtout pour les gestionnaires d’actifs, qui connaîtront mieux l’identité des détenteurs de leurs parts de fonds. En effet dans le système actuel, les ordres de souscription et de rachat sont agrégés lors de leur passage par le dépositaire des fonds (en France) ou l’agent de transfert (au Luxembourg), en l’occurrence souvent une grande banque (comme BNP Paribas Securities Services, BP2S, ou Société Générale Securities Services, SGSS).
Mais d’importantes différences opposent les deux projets. Contrairement à FundsDLT, Iznes ne fait pas passer le paiement des parts de fonds par la blockchain, préférant emprunter le circuit classique des banques. Elle estime ainsi minimiser le risque pour l’investisseur de convertir ses euros en tokens lors de leur passage par la blockchain. Deuxièmement, Iznes «seule matérialise la propriété juridique des titres, alors que dans d’autres initiatives le registre du passif des OPC continue d’être tenu par un acteur classique», explique Pierre Davoust, président d’Iznes et directeur général de Setl France. Pour cela, OFI AM a simplement changé les prospectus de ses fonds pour indiquer que les parts émises seraient tenues dans le registre Iznes.
« La solution Iznes s’avère in fine plus [révolutionnaire] car elle vise à s’affranchir d’une partie significative des intermédiaires tiers de confiance, explique Pascal Koenig, associé chez Deloitte. Elle a été construite sur la base d’un cahier des charges rédigé par des gestionnaires d’actifs, dont le principe général repose sur une inscription en compte directe. Cependant, à ce stade, le modèle reste hybride, n’intégrant pas la partie ‘règlement’ du processus. La solution FundsDLT est plus traditionnelle dans sa conception, s’appuyant sur l’ensemble des intermédiaires garants du modèle actuel ‘luxembourgeois’ de souscription-rachat. »
Quoi qu’il en soit, l’heure est désormais au déploiement. «Techniquement tous les feux sont au vert, estime Jean-François Marchand, directeur commercial France de SGSS, qui a participé au test d’Iznes. […] Mais il faut que les investisseurs adoptent cette plate-forme et choisissent d’y passer leurs ordres de rachat ou de souscription plutôt que de se tourner vers les banquiers traditionnels. Cela prendra du temps et de la communication.»
Parallèlement, les plates-formes concurrentes discutent déjà de leur compatibilité et de leur interopérabilité. BNPP AM a ainsi utilisé une API (interface de programmation) pour connecter FundsDLT à Fund Link, une blockchain précédemment créée avec Axa IM. «Le test a permis de démontrer que cette interopérabilité entre deux partenaires importants dans l’univers de la blockchain était rendue possible», souligne Fabrice Silberzan, directeur de l’exploitation de BNPP AM.
Ajoutez à cela la bienveillance du régulateur français, qui a choisi l’échange de titres non cotés (notamment des parts de fonds) comme premier cas d’application pour légiférer sur la blockchain… en 2018, les étoiles sont alignées entre la gestion d’actifs et la technologie du registre distribué.
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