Facebook revoit à la baisse ses ambitions pour le Libra
Facebook tire les leçons du tir de barrage qui avait accueilli en juin dernier son projet de monnaie digitale, le Libra. L’association Libra basée en Suisse, qui pilote le projet, a publié jeudi une version moins ambitieuse, qui tient compte des critiques des régulateurs. Elle a aussi déposé auprès des autorités suisses une demande de licence en tant que «système de paiement», pour un lancement prévu fin 2020.
La principale évolution tient à la création de plusieurs monnaies numériques, et non plus d’une seule, chacune adossée à une grande devise (dollar, euro, sterling, etc.). A l’origine, Facebook prévoyait un seul Libra assis sur une réserve d’actifs sûrs: chaque fois qu’un client aurait acheté des Libra contre de l’euro ou du dollar, il y aurait eu création de monnaie par le groupe, et la réserve aurait gonflé. Une perspective qui avait fait hurler banquiers centraux et ministres des Finances, notamment Bruno Le Maire en France, soucieux de préserver leur souveraineté monétaire.
Le projet prévoit désormais l’utilisation d’un LibraEUR en zone euro, d’un LibraUSD en zone dollar, etc. Il n’y aurait pas de création monétaire, mais simplement numérisation de la monnaie. Le Libra Coin d’origine englobera ces différentes stablecoins, et deviendrait un mode de règlement dans les pays qui n’ont pas de Libra adossée à leur devise nationale.
L’association entend aussi donner des gages en matière de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, autre critique adressée aux monnaies digitales. Elle va s’enregistrer auprès du Financial Crimes Enforcement Network (FinCEN), rattaché au Trésor américain.
Facebook s’attache enfin à minimiser son poids dans le projet pour répondre aux critiques sur l’hégémonie des Gafa. «Les membres de l’association Libra ont fait un grand pas en avant, s’est réjoui David Marcus, le porteur du projet, sur Twitter. Il a été très gratifiant de voir cette organisation devenir opérationnelle et accroître son indépendance.» Le groupe de Mark Zuckerberg représente moins de 10% des financements apportés par les 22 membres de l’association à fin février, selon David Marcus. Plusieurs membres fondateurs comme Mastercard, Visa et PayPal avaient jeté l'éponge devant les menaces des régulateurs d’interdire le Libra.
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