Digital Reasoning traque les anomalies dans les banques
Fondée en 2000 par Tim Estes à Franklin dans le Tennessee, Digital Reasoning est une sorte de Big Brother de la finance. S’appuyant sur sa technologie Synthesys disponible en dix langues, la société américaine est capable de détecter les tentatives de manipulation ou de collusion des banquiers grâce à l’utilisation d’un ensemble d’algorithmes très sophistiqués : e-mails, chats, réseaux sociaux, conversations téléphoniques, enregistrements audio... constituent autant de sources dans lesquelles l’entreprise puise ses données pour ensuite les retravailler. « Un e-mail est différent d’un message audio ou d’un ‘chat’, c’est pourquoi notre première étape est de standardiser l’ensemble de ces données pour les structurer. Une fois cette étape franchie, les techniques de PNL (programmation neuro-linguistique, NDLR) font le reste », explique Marten Den Haring, responsable produit chez Digital Reasoning.
Pour l’heure, l’entreprise, qui compte 200 salariés et possède également des bureaux à Washington, New York et Londres, travaille essentiellement pour les marchés de capitaux, et tout particulièrement les départements disposant de services réglementaires : « Nous intervenons avant tout pour prévenir les risques opérationnels et réputationnels », poursuit le responsable produit. Les applications sont nombreuses : l’utilisation de la plate-forme de Digital Reasoning peut ainsi permettre de s’assurer que la « muraille de Chine » entre département de fusions et acquisitions et activités de trading est parfaitement respectée. L’entreprise peut aussi aider à identifier l’origine d’une rumeur ou la présence de comportements inhabituels : murmures soudain au milieu d’une conversation, décisions de délaisser les communications téléphoniques pour se parler en face-à face par exemple : « Il y a encore trois ou quatre ans, les contrôles se faisaient par l’analyse du lexique utilisé par les individus, rappelle Marten Den Haring. Aujourd’hui, nous sommes passés à une analyse des modèles de langages et de comportements. Les émotions sont aussi importantes que les mots. »
La finance après l’armée
L’arrivée de Digital Reasoning dans la finance s’est faite à un moment opportun. « Au moment des scandales du Libor et du Forex, les systèmes de contrôle mis en place par les banques étaient déjà largement dépassés, explique Marten Den Haring. D’ores et déjà, on pouvait détecter un certain nombre d‘indices laissant croire à de possibles malversations. Mais les contrôles mis en place ne permettaient pas de mettre le doigt sur les collusions et malversations en cours. »
L’entreprise, qui a fait ses premières armes auprès de l’armée américaine pour traquer les réseaux criminels, n’a alors aucune relation dans le secteur financier. Son fondateur, Tim Estes, se rapproche en 2012 du Partnership Fund pour la ville de New York et candidate pour faire partie du laboratoire d’innovation fintech d’Accenture (Accenture Fintech’s Innovation Lab), qui assure la connexion des jeunes pousses prometteuses aux banques. Au travers du laboratoire, le fondateur parvient à installer son logiciel chez UBS, Goldman Sachs et Credit Suisse, les deux derniers investissant 24 millions de dollars dans l’entreprise en octobre 2014.
A ce jour, Digital Reasoning est parvenue à lever quelque 76 millions de dollars. Parmi ses clients en finance figurent les dix plus grandes banques d’investissement mondiales, dont Barclays, ainsi que la Bourse du Nasdaq. Récemment, une banque française, dont Digital Reasoning tait le nom, est venue compléter le tableau de chasse de l’entreprise, mais à la différence des établissements financiers déjà clients, la banque tricolore a été attirée par une nouvelle compétence développée par Digital Reasoning : « Nous travaillons à l’heure actuelle avec les gérants de fortune et les départements de ventes des banques de financement et d’investissement à des solutions pour améliorer la relation client et les performances », confie le responsable produit. L’entreprise, qui s’est également diversifiée dans les services de soin et de santé, collabore aussi avec des associations. Digital Reasoning s’est ainsi associée depuis quelques années à Thorn, une initiative lancée par l’acteur Ashton Kutcher, visant à combattre le trafic d’êtres humains.
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