Binance cède à la pression sur la lutte anti-blanchiment
De la parole aux actes. Après avoir répété à plusieurs reprises prendre «très au sérieux les obligations légales», Binance a publié vendredi un communiqué indiquant apporter des changements à son fonctionnement «afin de renforcer la protection des utilisateurs et fournir un environnement cryptographique sûr pour tous». La bourse de cryptomonnaie, qui a vu ses volumes d’échange baisser de 30% sur un mois en juillet à 455 millions de dollars (390 millions d’euros) selon CryptoCompare, a indiqué que les nouveaux utilisateurs devraient effectuer une «vérification intermédiaire» pour avoir accès à ses offres et services. Les utilisateurs existants qui n’ont pas déjà effectué cette étape auront accès à des «services limités au retrait, à l’annulation d’ordre, à la fermeture de position et au rachat».
Concrètement, cette «vérification intermédiaire» est renommée vérification d’identité dès les premiers liens. Différents niveaux de vérification sont alors proposés, correspondant à des limites respectives de dépôts et retraits selon les pays. Le niveau basique ne requiert que des informations rapides (nom, prénom, adresse), le niveau intermédiaire exige une vérification avec une pièce d’identité (carte d’identité, passeport, permis de conduire) et une vérification au faciès. Il s’agit ainsi d’une amélioration de la connaissance client (KYC, Know Your Customer).
Critiques et décisions des régulateurs
Cette évolution, qui s’effectuera par phases jusqu’au 19 octobre 2021, fait écho aux nombreuses critiques et décisions prises par les régulateurs à l’encontre de Binance. La dernière en date provient de la banque centrale néerlandaise (DNB) qui avait critiqué la bourse, dont la holding est enregistrée aux îles Caïmans, pour échapper à l’enregistrement légal, augmentant «le risque que les clients soient impliqués dans le blanchiment d’argent ou le financement du terrorisme». Un peu plus tôt, la Haute Cour de Londres avait ordonné à Binance d’identifier les hackers d’un vol de 2,6 millions de dollars dont a été victime le spécialiste de l’intelligence artificielle Fetch.ai. La justice américaine s’intéresse elle à la bourse via ses fonctionnaires chargés d’enquêter sur le blanchiment d’argent et les infractions fiscales.
L’étau ne cessait d’ailleurs de se resserrer. Début juillet, la société avait dû suspendre les dépôts en euros SEPA en raison «d’événements indépendants de sa volonté» après que le Royaume-Uni, l’Italie, le Japon et en Ontario l’ont interdit sur leur territoire.
Si le directeur général de la plateforme, Changpeng Zhao, a défendu l’annonce sur Twitter en partageant la simple phrase «les actes sont plus éloquents que les mots», c’est que sa société n’est pas que critiquée par les régulateurs. La société d’analyse spécialisée Chainalysis estime que Binance serait la plateforme sur laquelle a circulé le plus de cryptomonnaies liées à des activités criminelles en 2020. Selon son rapport 2021 sur la crypto criminalité, l’activité illicite des cryptomonnaies a certes baissé à 0,34% du volume total des transactions (2,1% en 2019) en raison de l’explosion de leur utilisation durant l’année, mais elle représente encore 10 milliards de dollars.
Comme un présage, Chainalysis conclut : «Le renforcement de la surveillance de la conformité par les bourses de cryptomonnaies ferait baisser la criminalité liée aux cryptomonnaies car davantage de malfaiteurs seront signalés aux autorités et arrêtés plus tôt qu’ils ne l’auraient été autrement.» Encore faut-il que utilisateurs acceptent l’évolution : nombre d’entre eux ont déclaré qu’ils quitteraient la plateforme après cette annonce sur les réseaux sociaux.
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