Ant, les leçons d’un fiasco
En Chine, le Parti a toujours raison, et ce n’est pas Jack Ma qui dira le contraire. Pékin vient de rappeler au fondateur d’Alibaba qui était le patron, en n’hésitant pas à torpiller la plus importante introduction en Bourse de l’histoire, celle du géant des services financiers Ant Group, à quarante-huit heures du grand jour. Pas vraiment réputé pour sa modestie, l’entrepreneur avait brocardé devant les plus hauts officiels de son pays l’obsolescence des banques publiques et de leur cadre réglementaire, comparant tout ce joli monde à un club de vieux messieurs. Sans doute cette sortie intempestive a-t-elle contribué à braquer les autorités, mais l’on aurait tort de résumer cette séquence incroyable à un bras de fer entre le peu diplomate homme d’affaires et sa tutelle.
Pékin vient clairement d’indiquer ses priorités du moment, en faisant primer le souci de stabilité financière et de protection des consommateurs sur toute autre considération. Un souci décuplé par l’engouement sans précédent que cette cotation a suscité auprès des investisseurs particuliers. Ant, ne l’oublions pas, s’est toujours présenté comme une société technologique et non une fintech. La nuance est de taille. Ce sont les besoins des clients d’Alibaba qui ont conduit l’entreprise à devenir un poids lourd du paiement, puis de la gestion monétaire et enfin du crédit. Sa croissance exponentielle, pensée hors du cadre bancaire, avait déjà éveillé par le passé la méfiance des superviseurs financiers chinois. Ceux-ci ne peuvent plus laisser la bride sur le cou à un acteur majeur de l’endettement des ménages qui porte une part minime des risques à son bilan. En durcissant du même coup les règles imposées aux prêteurs en ligne, les autorités souhaitent tenir sous contrôle mieux qu’elles ne l’ont fait jusqu’à présent ce compartiment de la finance de l’ombre. Dussent-elles pour cela écorner l’attractivité de leurs marchés boursiers : les investisseurs étrangers, s’ils l’avaient oublié, se souviendront qu’ils sont toujours en Chine à la merci du fait du prince.
Le modèle économique d’Ant, et donc la valeur du groupe, vont s’en trouver changés. Mais l’avertissement vaut pour tous les nouveaux acteurs de la finance qui s’affranchiraient un peu trop publiquement des bonnes pratiques. En Europe, le maintien de la stabilité financière se pare d’autres arguments, comme la défense de la souveraineté monétaire – Facebook l’a appris à ses dépens avec son projet Libra – ou la lutte contre le blanchiment d’argent. Entre la protection du système et la promotion de l’innovation, le balancier des régulateurs peut vite pencher du premier côté.
Plus d'articles du même thème
-
OTPP et GIC mènent un tour de série F de 750 millions de dollars dans Ramp
La fintech américaine spécialisée dans la gestion des dépenses d'entreprise boucle un tour de série F à 44 milliards de dollars de valorisation. -
DFNS fait peau neuve pour séduire les banques
La fintech DFNS spécialisée dans la fourniture de wallets crypto sécurisés se positionne comme fournisseur de core-banking système pour la finance on-chain. -
Wise plonge en Bourse à cause d’une enquête pour blanchiment en Belgique
La fintech a indiqué répondre à des questions de la justice belge après que des informations de presse ont fait état d’une enquête pour blanchiment. L’action, récemment cotée au Nasdaq, accuse le coup.
ETF à la Une
BlackRock lance à son tour un ETF arrimé à l’économie spatiale
- Le Crédit Mutuel Alliance Fédérale change de directeur général
- Le Crédit Agricole est confronté à la reprise des grandes manœuvres en Italie
- Le commissariat aux comptes séduit plus que jamais les jeunes générations
- Des manquements déclaratifs pourraient coûter 1,8 million d’euros à Bourse Direct
- L'offre d'Intesa sur MPS crée un effet domino pour Axa
Contenu de nos partenaires
-
L’Arcom met en demeure Radio France pour sous-représentation du RN
L'Arcom a annoncé ce jeudi mettre en demeure Radio France pour avoir « majoritairement » diffusé la nuit les interventions des représentants du Rassemblement national -
Le cercle des initiésLa finance italienne se met au football total
L'OPA d’Intesa Sanpaolo sur Monte dei Paschi met en ébullition le secteur bancaire italien, et au-delà. A Wall Street, si l'arrivée de SpaceX s'annonce triomphale, les lendemains pourraient déchanter. -
Tribune libreQuand les vieux démons du centralisme refont surface
« Nous disons à tous les technocrates qui pensent savoir mieux gérer une collectivité que ceux qui ont été élus au suffrage universel direct pour le faire (...) : le pays n’a plus de temps à perdre avec ces méthodes révolues »