Veillée d’armes à Wall Street avant les comptes des Big Tech
Ambiance fébrile à Wall Street. Les investisseurs se préparent à la vague de publications des résultats trimestriels de plusieurs géants technologiques cette semaine.
Les Big Tech Microsoft et Alphabet (Google) inaugureront les publications mardi, suivies par Meta mercredi, puis Apple, Amazon et Intel jeudi. Elles pourraient être décisives pour l’orientation du marché cette semaine. A eux seuls, Apple, Microsoft, Alphabet et Amazon pèsent 20% de la valorisation totale du S&P 500.
Or, un géant des médias sociaux, Snap, adéjà tiré la sonnette d’alarme auprès de Wall Street vendredi dernier, perdant plus de 30% en Bourse, suite à la publication de résultats jugés inquiétants. De quoi braquer les projecteurs sur un secteur des médias sociaux extrêmement dépendant de la conjoncture publicitaire. « Nos partenaires publicitaires dans de nombreux secteurs d’activité réduisent leurs budgets de marketing face aux vents contraires de l’environnement opérationnel, aux pressions sur les coûts dues à l’inflation et à l’augmentation des coûts du capital », reconnaissait Evan Spiegel.
La société éditrice de Snapchat a émis des prévisions de croissance nulle pour ses revenus pour la fin de l’année. Elle a aussi annoncé un chiffre d’affaires en hausse de seulement 6% entre juillet et septembre, à 1,1 milliard de dollars – soit la plus faible croissance trimestrielle de ses facturations depuis son entrée en Bourse, en 2017. Sa perte nette trimestrielle a atteint 360 millions de dollars (364 millions d’euros), alourdie par un plan de restructuration portant sur 20% de ses salariés. L’action Snap a perdu environ 83% de sa valeur jusqu'à présent cette année. Pour sauver les meubles, le conseil d’administration a autorisé un nouveau programme de rachat d’actions de 500 millions de dollars sur 12 mois.
Fragilité des revenus publicitaires
Comme cet été, les investisseurs redoutent que Snap préfigure ce qui attend les autres groupes technologiques. Qui ont pour point commun d’être très dépendants de la publicité digitale.
Tous accumulent les faiblesses : la réduction des dépenses publicitaires des marques, qui répercutent la baisse de la demande des consommateurs ; le changement de règles imposé par Apple sur le suivi publicitaire sur sa plateforme iOS, et un nouveau concurrent, le préféré des annonceurs et la nouvelle star des adolescents, le réseau social chinois TikTok (ByteDance).
Depuis début janvier, Meta, Alphabet, Microsoft et Amazon ont perdu entre 30% et 60% en Bourse. Seule exception, Apple n’a perdu que 17%, ayant in fine imposé aux autres ses propres règles publicitaires.
Plongée attendue des bénéfices chez Meta et Amazon
Les résultats attendus par le consensus d’analystes sont contrastés. Microsoft, par exemple, semble plutôt bien tirer son épingle du jeu, malgré un résultat net escompté en baisse de 15% en un an, à 17,4 milliards de dollars, pour le premier trimestre (exercice décalé) achevé au 30 septembre 2022. Son chiffre d’affaires est attendu en hausse de 8,8% à 49,7 milliards de dollars par le consensus des analystes rassemblé par Factset.
En revanche, Meta (Facebook), très dépendant de la publicité, devrait voir son bénéfice net plonger de 44,5% à 5,10 milliards de dollars selon ce consensus, alors que son chiffre d’affaires enregistrerait une baisse limitée de 1,3%, à 27,46 milliards de dollars.
Preuve que la pression des investisseurs monte, lundi, son actionnaire Altimeter Capital Management a publié une lettre ouverte adressée à Mark Zuckerberg, où il l’enjoint à tailler de 20% dans ses effectifs. Les dépenses, alimentées par l’investissement annuel dans le métavers, sont également dans sa ligne de mire. Altimeter réclame que l’enveloppe d’investissements soit réduite de moitié pour passer de 10 à 5 milliards de dollars par an.
De son côté, Alphabet (Google), nettement plus dépendant de ses revenus publicitaires, devrait lui aussi voir son bénéfice net baisser de 12%, à 16,63 milliards de dollars, par rapport au troisième trimestre 2021, selon le consensus. Tout comme son chiffre d’affaires, attendu en repli de 12% à 58,25 milliards de dollars, alors qu’il était encore sur une tendance positive (+12%) le trimestre précédent.
Apple devrait être un des rares Big Tech à voir son chiffre d’affaires augmenter, de 6%, à 88,79 milliards de dollars pour son quatrième trimestre fiscal, selon le consensus Factset. Malgré la pénurie des puces électroniques, il peut encore compter sur les ventes d’iPhone, toujours en progression.
Enfin, le géant du e-commerce Amazon devrait voir son chiffre d’affaires augmenter de 13% par rapport à septembre 2021, avec 127,49 milliards de dollars de chiffre d’affaires escompté par le consensus. Mais avec un bénéfice net qui devrait chuter de 22%, à 2,49 milliards de dollars. Dans les faits, il est plombé par les hausses des coûts de logistique et de livraison. Il est bien loin le temps où, poussé par la crise sanitaire et les confinements, Amazon avait doublé ses profits à la mi-2020, à 5,2 milliards de dollars.
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