Valeo prend la mesure de la conjoncture automobile
Après un deuxième semestre 2018 difficile et dans le contexte d’une année 2019 très incertaine pour le secteur automobile, Valeo a annoncé hier qu’il allait réviser ses objectifs à moyen terme. Les nouveaux seront communiqués au cours de l’année. «L’évolution du marché automobile et du prix des matières premières en 2018 et les perspectives en 2019 nous conduisent à revoir les hypothèses sous-jacentes à nos perspectives à moyen-terme, présentées lors de la journée investisseurs de février 2017», écrit l’équipementier automobile français dans son communiqué de résultats annuels, diffusé après Bourse. Il y a deux ans, il comptait réaliser un chiffre d’affaires supérieur à 27 milliards d’euros en 2021 avec une marge opérationnelle d’environ 8,5% en 2019 et de 9% en 2021 ; il espérait générer 3,7 milliards d’euros de flux de trésorerie disponible (free cash flow) entre 2017 et 2021.
«Il est trop tôt pour dire si nous annoncerons des objectifs moyen terme à 2, 3 ou 5 ans. Tout dépendra de l’état du marché», a indiqué Jacques Aschenbroich, son directeur général, en conférence téléphonique. Ce dernier souligne que les résultats de Valeo ont été durement affectés par la généralisation de la norme de motorisation WLTP sur le marché européen au 1er septembre et par le violent recul du marché automobile chinois à partir du mois de juillet – ce qui avait justifié deux avertissements sur résultats. «Quand verra-t-on un rebond du marché chinois, au deuxième trimestre ou au second semestre ? Par ailleurs, l’on sent clairement que les prix des matières premières sont en train de baisser, en particulier les aciers, certains plastiques et les aluminiums. Mais reste à savoir à quelle vitesse», s’interroge-t-il.
Ces incertitudes expliquent pourquoi Valeo a communiqué une fourchette de marge opérationnelle pour 2019 (hors quote-part dans les sociétés mises en équivalence) de 5,8% à 6,5%, contre 6,3% en 2018 (-1,5 point par rapport à 2017). Le groupe anticipe par ailleurs une croissance de l’Ebitda, après un recul de 1% en 2018 (à 2,41 milliards d’euros), lesté par un second semestre difficile (-12%). Valeo prévoit en outre une génération de free cash flow supérieure à 2018 : l’année dernière, celle-ci a chuté de 42% (à 161 millions d’euros). Les objectifs à court terme sont donc prudents.
Plan d'économies de plus de 200 millions d’euros
Pour s’adapter à la conjoncture, Valeo a annoncé hier un nouveau plan d’économies pour 2019. Dévoilé dans son principe, sans être chiffré, dans un entretien au Financial Times début janvier, ce plan prévoit des réductions de coûts supérieures à 100 millions d’euros, ainsi qu’une baisse des dépenses d’investissement de même ampleur. Cette décision fait suite à un premier programme, lancé en juillet 2018 et rendu public en octobre, de 150 millions (dont 50 millions dans les investissements).
Jacques Aschenbroich a néanmoins voulu donner des signes d’optimisme. Valeo a enregistré 28,6 milliards d’euros de prises de commandes en 2018, dont 4,4 milliards pour la joint-venture Valeo Siemens eAutomotive (VSA, consacrée aux systèmes de propulsion électrique haute tension), qui cumule ainsi 10,4 milliards d’euros de commandes en deux ans d’existence. «La moitié des commandes engrangées l’année dernière par VSA provient de constructeurs chinois, l’autre de constructeurs européens, en particulier allemands», précise le patron de Valeo, qui ajoute que la joint-venture est déjà entrée en production pour Volvo et le chinois BAIC. Viendra ensuite PSA.
Parmi les «succès commerciaux» qu’il veut mettre en valeur, Jacques Aschenbroich cite un milliard d’euros d’équipements intégrant l’intelligence artificielle et un autre milliard pour des produits équipant des robots-taxis signés avec des constructeurs et des nouveaux acteurs de la mobilité de la Silicon Valley.
Mais ces contrats ne se refléteront dans le chiffre d’affaires qu’à partir du deuxième semestre 2020. Pour 2019, Valeo profitera de l’arrivée sur le marché de nouveaux modèles équipés de produits maison. Ceux-ci concernent Volkswagen (Golf 8), Mercedes (Classes A et B), Toyota, General Motors, Renault et PSA. Valeo indique que son contenu dans les modèles concernés a augmenté de 85% en moyenne, se traduisant par un chiffre d’affaires supplémentaire de 800 millions d’euros cette année.
L’équipementier entend faire mieux en 2019 qu’au second semestre 2018, lorsque son chiffre d’affaires avait progressé de trois points de plus que la production automobile. Pour l’ensemble de l’année dernière, son chiffre d’affaires a atteint 19,3 milliards (+4% par rapport à 2017).
Le résultat net a, lui, chuté de 38%, à 546 millions d’euros. Valeo souhaite toutefois maintenir son dividende inchangé à 1,25 euro par action.
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