Une nouvelle concurrence attaque coup sur coup deux bastions de Vivendi

Free Mobile pour SFR. Al Jazeera pour Canal+. Le modèle des deux filiales françaises du groupe, plus des deux tiers de l’actif net à elles seules, est menacé
Olivier Pinaud

Al Jazeera : 2, Canal+ : 0. La chaîne de télévision soutenue par le Qatar vient d’infliger une cuisante défaite à la filiale de Vivendi, en obtenant deux des trois principaux lots mis aux enchères par la Ligue de football professionnel. Mis à part deux matchs, le samedi en fin d’après-midi et l’affiche du dimanche soir, l’intégralité du championnat de France de Football de Ligue 1 sera ainsi retransmise par Al Jazeera pour les quatre prochaines saisons.

La chaîne cryptée pourra se consoler avec les meilleures affiches et la finale de la Ligue des champions mais le revers place le modèle de Canal+ dans une situation totalement inconnue depuis sa création.

Bertrand Méheut, son PDG, a reconnu récemment que l’émergence de ce nouveau concurrent, «économiquement irrationnel», était une «mauvaise nouvelle» pour le groupe. Le risque de désabonnement est difficilement chiffrable. En 2008, l’irruption d’Orange sur le terrain de jeu favori de Canal+ n’avait pas provoqué l’hémorragie redoutée. Mais l’opérateur ne détenait pas comme Al Jazeera les droits de retransmission de 80% des matchs.

La chaîne cryptée pourrait donc perdre une partie de son pouvoir d’attraction même si, comme l’indiquent les analystes de Natixis, Canal+ pourra réutiliser les 45 millions d’euros annuels économisés par rapport à l’appel d’offres de 2008 pour «investir dans d’autres catégories de programmes telles que la production audiovisuelle» et «séduire de nouveaux types d’abonnés».

Cette concurrence tombe néanmoins au mauvais moment pour Vivendi, et indirectement pour Lagardère qui cherche toujours à vendre ses 20% au capital du groupe de télévision. Selon Deutsche Bank, Canal+ Group représente environ un cinquième de l’actif net réévalué de Vivendi. Avec SFR, touché par l’arrivée de Free dans le mobile en France, ce sont donc plus des deux tiers de l’actif net réévalué du groupe qui sont mis sous pression, ou au moins plongés dans l’incertitude. De quoi nourrir les inquiétudes sur la politique de dividende de Vivendi. Celui versé cette année, au titre de 2011, n’est pas menacé (consensus à 1,45 euro). Mais les investisseurs redoutent une modération pour l’an prochain. En un an, le cours de l’action Vivendi a perdu 27%, 10 points de plus que le CAC 40.

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