Telefonica teste la résolution des autorités de la concurrence
Telefonica, l’opérateur télécom le plus endetté d’Europe, prend des risques calculés pour muscler sa présence sur le marché allemand. Conseillé par Citi, HSBC et Morgan Stanley, le groupe espagnol a confirmé hier le rachat de la filiale de KPN en Allemagne, E-Plus, par Telefonica Deutschland (TD), propriétaire d’O2. Sur le plan stratégique, la transaction a du sens, et promet à terme des synergies annuelles de 5 milliards d’euros jugées crédibles par les analystes. Mais elle doit encore passer l’obstacle des autorités européennes de la concurrence.
La transaction a été structurée en deux temps. KPN vendra d’abord 100% d’E-Plus à Telefonica Deutschland contre 25% du capital de cette dernière et 3,7 milliards d’euros. La part en cash sera financée par une augmentation de capital de TD. Telefonica, qui a introduit sa filiale en Bourse fin 2012, souscrira à hauteur de sa quote-part au capital (76,8%), soit 2,84 milliards d’euros. Puis le groupe rachètera à KPN un bloc de 7,3% du nouvel ensemble pour 1,3 milliard d’euros. Au bout du compte, Telefonica aura déboursé 4,1 milliards en cash pour détenir 65% du groupe contre 17,6% pour KPN, le solde étant coté en Bourse.
Le prix payé valorise E-Plus à 8,1 milliards d’euros ou 9 fois l’Ebitda avant synergies, un prix jugé plutôt généreux par les analystes, mais inférieur à la valeur de la société dans les comptes de KPN. Le néerlandais s’attend donc à enregistrer une charge de 1,3 milliard au troisième trimestre. En revanche, son levier (dette nette sur Ebitda) devrait passer de 2,2 fois fin juin à moins de 1,5 fois.
A l’inverse, «une telle opération pourrait temporairement remettre en question l’objectif de réduction du levier financier (dette nette sur Ebitda inférieure à 2,35 à fin 2013)» de Telefonica, estime l’analyste crédit de Natixis. Dans l’immédiat, le ratio devrait se dégrader de 0,1 fois. Telefonica a confirmé hier sa volonté de ramener sa dette nette sous les 47 milliards en fin d’année.
Le groupe espagnol, qui entend payer la facture en émettant de la dette hybride, devra croiser les doigts pour réaliser les synergies promises. Le barrage de la concurrence à Bruxelles s’annonce crucial. «Le nouvel ensemble aura 38% du marché. La transaction pourrait être rejetée ou assortie de conditions qui pourraient éroder le gros des synergies», craignent les analystes de Kepler Cheuvreux.
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