Siemens et MHI amadouent l’Etat pour Alstom
General Electric a depuis le début la préférence du conseil d’administration d’Alstom. Ses challengers Siemens et Mitsubishi Heavy Industries (MHI) jouent donc la carte du gouvernement. Les deux groupes ont officialisé hier leur offre sur Alstom, mêlant rachats d’actifs et prises de participations minoritaires. Joe Kaeser, le président du directoire de Siemens, et Shunishi Miyanaga, le PDG de MHI, seront reçus ce matin par François Hollande pour tenter de le convaincre que leur solution est la meilleure pour l’avenir du fabricant de turbines et de matériel ferroviaire.
En espèces sonnantes et trébuchantes, le projet de Siemens et de MHI est pourtant moins bien disant que celui de GE. Entre les 3,9 milliards d’euros payés par le groupe allemand pour les turbines à gaz d’Alstom, la seule activité qu’il reprendrait, et les 3,1 milliards que verserait le japonais pour détenir 40% de la division turbines à vapeur, 20% de l’hydroélectrique et 20% des réseaux électriques, Alstom récupérerait 7 milliards.
En face, GE offre 12,35 milliards d’euros pour l’intégralité des activités énergie d’Alstom, dont plus de 4 milliards selon les estimations pourraient ensuite être reversés aux actionnaires, Bouygues en tête, le groupe détenant 29% du capital d’Alstom. Compte tenu de la dette d’Alstom (3 milliards d’euros nets), le projet du duo Siemens-MHI ne peut offrir la même garantie aux actionnaires d’Alstom. Pour tenter d’y remédier, MHI se dit prêt à racheter à Bouygues jusqu’à 10% de son bloc de 29% au capital d’Alstom, à des conditions non précisées. Au cours d’hier, cela rapporterait 900 millions d’euros à Bouygues. Hier soir, MHI n’avait pas encore pris contact avec Bouygues, a indiqué une source proche du dossier tout en assurant que «si Bouygues ne veut pas céder sa participation, cela ne tuera pas le reste de l’opération». Bouygues a répété ces derniers jours qu’il ne souhaitait pas réduire sa part au capital d’Alstom.
Malgré ce handicap financier, des sources proches de Siemens et de MHI assurent que leur projet offre une meilleure valorisation d’Alstom, de plus d’un milliard d’euros par rapport à celui de GE, grâce notamment au mécanisme des prises de participation de MHI dans trois divisions d’Alstom. Le groupe japonais, concurrent du français, met en valeur la réussite de son alliance avec Areva dans les réacteurs nucléaires pour vanter ce mécanisme qui éviterait un «démantèlement» d’Alstom. Le japonais confirmera aussi ce matin devant François Hollande son engagement à créer plus de 1.000 emplois, répondant ainsi au chiffre promis par GE.
Hier, Alstom a indiqué que la proposition de Siemens-MHI sera «examinée par le comité ad hoc puis soumise au conseil d’administration dans les jours qui viennent». Des sources proches jugent néanmoins l’offre du duo «complexe» et estiment qu’elle ne réglerait pas le problème stratégique d’Alstom. D’autant que Siemens, qui a déjà considérablement réduit ses ambitions sur la division énergie, se montre aujourd’hui moins motivé par créer en parallèle un «Airbus» du ferroviaire avec Alstom. Le projet serait étudié de «bonne foi» dans un second temps, promet aujourd’hui Siemens.
De son côté, GE, qui ne souhaite pas entrer dans une «bataille d’offres», assure que ses discussions avec le gouvernement français progressent, notamment sur le volet des alliances dans les métiers de l'énergie et des transports. Il reste aux deux camps moins d’une semaine pour emporter la décision. Le conseil d’Alstom doit trancher dimanche ou lundi prochains.
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