Saint-Gobain tarde à se désengager de Verallia

Après l’abandon du projet d’introduction en Bourse, la cession à l’irlandais Ardagh des actifs américains du pôle d’emballage en verre est menacée
Alexandre Garabedian

Saint-Gobain a décidément toutes les peines du monde à sortir de Verallia, son pôle d’emballage en verre. Même si le groupe a réaffirmé sa volonté de céder les activités américaines de sa filiale à l’irlandais Ardagh, conformément à l’accord entre les deux groupes annoncé en janvier, l’opposition des autorités de la concurrence des Etats-Unis pourrait faire capoter le projet. L’annonce, lundi soir, du lancement d’une procédure par la Federal Trade Commission américaine, a fait perdre un moment jusqu’à 2% à l’action Saint-Gobain hier, qui a terminé sur un repli modéré.

Un long processus s’engage désormais, avec une audience formelle prévue le 2 décembre alors que la transaction était censée être bouclée avant la fin de l’année. «C’est un revers pour Saint-Gobain. La transaction n’était pas perçue comme comportant un risque d’échec, et le prix de vente était élevé», estime Robert Gardiner, analyste chez Davy Securities. A 1,7 milliard de dollars (1,275 milliard d’euros), Verallia North America a été valorisé à 6,5 fois l’Ebitda. Même si la transaction va au bout, Ardagh pourrait être tenté de payer un multiple moins élevé s’il doit renoncer à racheter certaines parties de l’activité sous la pression des autorités.

Saint-Gobain, qui entend utiliser d’utiliser le produit de la cession à la fois pour son désendettement et des acquisitions, risque aussi une dégradation de sa qualité de crédit. «Si la transaction échoue, la dette nette estimée passera à 2,1 fois l’Ebitda au lieu de 1,8 fois», souligne Sven Edelfelt, chez Bryan Garnier. Au-delà d’un ratio d’endettement de 2 fois l’Ebitda, les dirigeants du groupe seront contraints à la plus grande prudence en matière de croissance externe, ajoutent les analystes de Kepler Cheuvreux.

Bryan Garnier rappelle enfin qu’en termes de trésorerie, Saint-Gobain va devoir payer cette année l’amende infligée en 2008 par la Commission européenne pour cartel dans le verre automobile, et dont le montant a été revu en mars à 880 millions d’euros.

Avant de vendre Verallia North America, Saint-Gobain avait envisagé de sortir du pôle en bloc par le biais d’une introduction en Bourse. Un projet d’IPO rangé dans les cartons en juin 2011 faute de demande des investisseurs, et a priori enterré avec l’annonce de l’accord avec Ardagh. Si la cession des activités américaines échoue, l’hypothèse boursière renaîtra peut-être de ses cendres.

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