Roche reprend goût à une croissance externe d’envergure
Roche change de braquet. Après avoir bouclé ces derniers mois plusieurs acquisitions de taille relativement modeste - 725 millions de dollars pour Seragon Pharmaceuticals (oncologie) et moins de 500 millions pour IQuum et Genia Technologies (diagnostics) - le laboratoire helvétique délie les cordons de sa bourse. Il a fait part hier du rachat en numéraire pour 8,3 milliards de dollars de la biotech américaine InterMune. Le prix de 74 dollars par action représente une prime de 63% sur le cours de clôture vendredi soir. L’opération sera financée grâce à la trésorerie disponible, à l'émission de billets de trésorerie et à celle de nouvelles obligations. Citi a conseillé Roche, tandis que Centerview Partners et Goldman Sachs ont assisté InterMune.
Pour Roche, cette dernière acquisition lui permet de diversifier ses activités, au-delà de l’oncologie et des diagnostics. InterMune détient la pirfénidone, un traitement de la fibrose pulmonaire idiopathique, une maladie pulmonaire orpheline. La maladie, qui affecte généralement des personnes âgées de plus de 45 ans, laisse une espérance de vie médiane de deux à trois ans à compter du diagnostic. La biotech américaine commercialise déjà ce médicament en Europe (sous l’appellation Esbriet) depuis février 2011 en attendant une autorisation possible aux Etats-Unis en novembre prochain. Roche propose à l’heure actuelle seulement deux traitements pulmonaires outre-Atlantique : Xolair contre l’asthme allergique persistant sévère et Pulmozyme contre la mucoviscidose.
Compte tenu de la reprise avortée d’Illumina en 2012 pour 7 milliards de dollars, il faut remonter à 2009 et au rachat du solde du capital de Genetech pour retrouver une opération d’une taille plus importante. Malgré une certaine aisance financière, avec plus de 14 milliards de dollars de «free cash flow» chaque année, Roche s’est tenu depuis le début de l’année à l'écart de la frénésie qui a saisi le secteur pharmaceutique. Novartis et GlaxoSmithKline ont conclu des échanges d’actifs totalisant plus de 20 milliards de dollars, tandis que AbbVie a décidé de s’emparer amicalement du britannique Shire pour 54 milliards de dollars. Quant à Pfizer, il pourrait, s’il le souhaite, convier à nouveau à partir de demain AstraZeneca à la table des négociations, trois mois après l'échec d’un projet de rapprochement.
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