Revenu dans le CAC 40, Thales devra parfaire ses ambitions pour Gemalto
Treize ans après l’avoir quittée, Thales fait son grand retour parmi l’élite boursière. Le groupe dirigé par Patrice Caine retrouve aujourd’hui sa place au sein du CAC 40, remplaçant l’équipementier automobile Valeo.
Thales a beaucoup évolué par rapport à 2006, lorsque la société était encore pilotée par Denis Ranque. Les bénéfices ont été multipliés par 2,5 et la marge opérationnelle a été portée à 10,6% en 2018 contre 7,4%, voilà 13 ans. Historiquement considérée comme une entreprise d’aéronautique et de défense, la société s’est dotée de nombreuses compétences numériques à haute valeur ajoutée. Patrice Caine décrit d’ailleurs l’ex-Thomson-CSF comme «l’un des plus grands groupes de ‘tech’ d’Europe».
Les visiteurs du Salon du Bourget, qui s’est achevé dimanche, ont pu le constater. Thales y a livré en détail son approche de l’intelligence artificielle et exposé l’ensemble de ses innovations, comme par exemple sa suite avionique FlytX, munie d’un écran tactile.
De précieuses briques technologiques
La R&D se situe au coeur du réacteur du groupe. Thales développe des briques technologiques qui irriguent plusieurs métiers. La cybersécurité peut par exemple enrichir la chaîne de valeurs pour des activités telles que le contrôle aérien, les divertissements en vol ou la signalisation ferroviaire. Les dépenses de R&D autofinancées s’élèvent désormais à 1 milliard d’euros, en incluant Gemalto, dont le rachat a été finalisé en avril.
Ce profil atypique confère au groupe de solides fondamentaux. «Thales est un groupe industriel bien diversifié et faiblement endetté, présentant des perspectives de croissance attractives», résument les analystes crédit de JPMorgan Cazenove.
Néanmoins, le marché a déjà intégré les forces du groupe. Son retour dans le CAC 40 survient au moment où le titre cherche un second souffle. Depuis le début de l’année, la valeur gagne moins de 5% contre 16% pour le SBF 120. «Le manque de catalyseur à court terme a pesé sur le titre», expose Hugo Paternoster, analyste du cabinet d’études indépendant AlphaValue.
L’étincelle boursière pourrait venir de Gemalto. A la mi-juin, Thales a mis à jour ses objectifs annuels pour intégrer la contribution du spécialiste des cartes SIM et des solutions de sécurité. Le groupe a maintenu sa cible de croissance organique, tablant sur une progression de 3% à 4%, et ajouté 200 millions d’euros à sa fourchette de résultat opérationnelle pour 2019, qui s’inscrit désormais de 1,98 milliard à 2 milliards d’euros.
Deutsche Bank juge ces nouveaux objectifs rassurants. Oddo BHF estime de son côté que ces projections répondent aux inquiétudes de certains investisseurs qui peuvent «enfin se tourner vers les leviers qu’offrira l’intégration de Gemalto».
Des synergies de revenus très attendues
Thales aura l’occasion de convaincre le marché de ce potentiel lors d’une journée dédiée aux investisseurs, en octobre. Le groupe détaillera davantage les vertus financières et stratégiques de son mariage avec Gemalto. «Le prochain catalyseur proviendra de la communication de la nouvelle stratégie numérique [lors de cette journée, ndlr] et du chiffrage des synergies de revenus, les deux groupes possédant des produits très complémentaires», explique Hugo Paternoster d’AlphaValue.
Ces synergies seront notamment générées via l’upselling, c’est-à-dire l’augmentation de la valeur des solutions proposées aux clients de Thales, et les ventes croisées. «Nous devons être capables de vendre des solutions Thales là où Gemalto est plus présent que nous», expliquait en avril Patrice Caine, citant comme exemple le ministère de l’Intérieur.
S’ils peuvent légitimement se féliciter de voir Thales revenir dans le CAC 40, les actionnaires du groupe guetteront avec attention ce grand rendez-vous automnal. En espérant que Thales reproduira les performance d’Hermès International et de Dassault Systèmes, les deux dernières valeurs à avoir rejoint l’indice. Depuis leurs entrées, leurs titres ont respectivement gagné 20% et 10% en près d’un an.
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