Orpea : un expert conteste la valorisation retenue pour la société
Le cabinet d’expertise Ricol & Lasteyrie, sollicité par Concert’O et des créanciers dissidents, récuse les évaluations du rapport d’évaluation financière sur lequel est fondé le plan très dilutif pour les actionnaires et les détenteurs de dette non sécurisée.
Concert’O, le concert qui regroupe les actionnaires activistes Mat Immo Beaune et Nextstone, a diffusé jeudi une analyse du cabinet Ricol & Lasteyrie qui conclut que le rapport de l’expert mandaté par Orpea dans le cadre de son projet de restructuration financière sous-estime la valeur du gestionnaire de maisons de retraite.
Le rapport de Ricol & Lasteyrie a été commandé par le «Support Club», un groupe de créanciers ayant refusé l’offre de restructuration financière d’Orpea, a précisé Concert’O.
Le Support Club, Concert’O et l’association des actionnaires minoritaires d’Orpea (Adamo) cherchent depuis plusieurs mois à faire invalider un plan de restructuration financière qui donnera le contrôle de la société à un groupement mené par la Caisse des dépôts et consignations (CDC) et comprenant également les assureurs CNP Assurances, MAIF et MACSF. A l’issue de ce plan, les actionnaires actuels d’Orpea ne détiendront plus que 0,4% du capital.
Une valeur négative contestée
Ricol & Lasteyrie, qui n’a pas eu accès au management d’Orpea ni à aucune donnée restreinte du groupe, indique que l'évaluation de la valeur négative d’Orpea à -2,68 milliards d’euros, sur laquelle repose le plan de restructuration proposé par le management, «est hautement critiquable et apparaît en contradiction avec certains principes élémentaires».
Le cabinet souligne que cette valeur d’Orpea «est en contradiction avec les performances de l’entreprise, la valeur de son actif net comptable et de son immobilier».
Ricol & Lasteyrie observe que la valeur d’Orpea retenue par le management correspond «après prise en compte de la dette (8,9 milliards d’euros), à une valeur d’entreprise de 6,2 milliards d’euros», soit inférieure à la valeur de son seul immobilier d’exploitation estimée par la société à 6,5 milliards d’euros.
Selon le cabinet, «la valeur d’entreprise devrait a minima s'élever à 7,9 milliards d’euros, montant qui correspond à la valeur de l’immobilier en juste valeur (6,5 milliards d’euros) et à la valeur nette du goodwill acquis (1,4 milliard d’euros)».
Selon Ricol & Lasteyrie, une autre méthode de calcul, dite Opco-Propco, qualifiée de méthode standard pour évaluer les sociétés à fortes composantes immobilières, aboutit à une valeur encore plus élevée, avec un surplus de 3,4 milliards par rapport à celle obtenue par l’expert initial.
«La valeur d’Orpea en utilisant une méthode Opco/Propco ressort à 9,809 milliards d’euros, estime Ricol & Lasteyrie. Cet écart s’analyse comme la différence entre la valeur réelle de l’immobilier (6,5 milliards) et la valeur actualisée des loyers théoriques».
En Bourse, à 1,81 euro jeudi en milieu d’après-midi, l’action Orpea reste collée à proximité de ses plus bas historiques. A la clé, une capitalisation boursière de 118 millions d’euros.
C’est le signe que le marché peine à croire à la capacité des créanciers dissidents et des actionnaires rassemblés sous les bannières Adamo et Concert’O à trouver un levier pour faire dérailler le plan de sauvetage agréé par l’équipe dirigeante d’Orpea.
Plus en difficulté, Bigben vient d’entrer en sauvegarde accélérée. Le PDG d’Atari détiendra indirectement près de 43% du capital de la société après les opérations de refinancement.
Alors que son actionnaire de référence, Porsche SE, exhorte le groupe à accélérer ses prises de décision pour sortir du marasme, la résistance des salariés et des syndicats se renforce.
Elles ont accepté de mettre en œuvre la restructuration financière privilégiée par le distributeur même en cas d’opposition des autres créanciers. Les incertitudes juridiques sur le dossier restent élevées.
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