LVMH s’installe en position d’attente chez Hermès face à la famille
En donnant à son groupe le statut de commandite par actions, au début des années 90, Jean-Louis Dumas, patron de Hermès, voulait le mettre à l’abri des prédateurs, dont, il n’en faisait pas mystère, LVMH. Cinq mois après sa disparition, la validité de son idée pourrait connaître l’épreuve du feu après l’importante prise de position de LVMH, révélée vendredi, dans le capital du sellier.
Le leader mondial du luxe possède déjà 15 millions d’actions Hermès, représentant 14,2% du capital, et assure «détenir un contrat d’instrument financier» portant sur 3 millions d’actions supplémentaires, «dont il a l’intention de solliciter la conversion».
Au total, LVMH détiendra un peu plus de 18 millions de titres, soit 17,1% du capital de Hermès. LVMH assure que son «objectif est d’être un actionnaire à long terme d’Hermès et de contribuer à la préservation (de son) caractère familial et français». Il ajoute vouloir «apporter un soutien sans réserve à la stratégie menée par la famille fondatrice et par les équipes dirigeantes».
Enfin, il «tient à préciser qu’il n’envisage nullement, ni de présenter une offre publique d’achat, ni de prendre le contrôle d’Hermès, ni de solliciter de représentation au sein du conseil de Surveillance».
Cette déclaration de bonnes intentions ne surprend pas dans la mesure où Hermès, outre son statut de commandite, a officiellement plus de 70% de son capital et 80% de ses droits de vote aux mains des descendants du fondateur du groupe. L’entreprise n’est pas, en l’état, opéable.
En revanche, LVMH ne donne aucune indication sur ses intentions ultérieures en terme de participation. Le voir l’arrondir au fil du temps serait logique quand on sait que Bernard Arnault a toujours tenu Hermès pour l’une des rares marques de luxe véritablement mondiales digne d’intéresser son groupe.
LVMH précise enfin que le prix de revient de sa participation s’élève à 1,45 milliard d’euros. Rapportée à 18 millions de titres, cela donne un prix de revient de 80,50 euros par action, à rapprocher du cours du sellier vendredi soir (176,20 euros). LVMH est donc en plus-value de plus de 1,72 milliard d’euros, soit 3,5 euros par titre. De quoi assurer à son cours une hausse de quelque 3% ce matin.
Ce prix de revient très bas suggère qu’une partie de sa position – en tout état de cause inférieure à 5%, puisqu’aucune déclaration de seuil n’avait jusqu’ici été signalée à l’AMF - a été prise il y a des années quand le cours de Hermès naviguait autour de 50 euros, entre 2001 et 2005.
Le communiqué de LVMH suggère qu’une part – sans doute importante - de la position révélée vendredi aurait été prise par le biais d’options.
Mais on ignore tout de l’identité des vendeurs, notamment si des membres des familles, profitant du cours actuel exceptionnellement élevé, auraient récemment vendu.
Une hypothèse tenue pour peu probable pour de bons connaisseurs du sellier, qui évoquent des droits de préemption au sein des familles.
Comme la loi le prévoit, LVMH devrait dès aujourd’hui faire connaître à l’AMF le détail de sa prise de participation et notamment les raisons pour lesquelles elle n’avait pas à être révélée plus tôt.
Interrogé, le groupe LVMH s’est borné à renvoyer à son communiqué. Les autres parties prenantes au dossier n’ont pas fait non plus de commentaires.
La balle est dans le camp de la famille Hermès, informée vendredi par l’acquéreur. La société a déclaré dimanche soir que son actionnariat familial restait «parfaitement uni» et que son statut de société en commandite par actions permettait de garantir son indépendance.
La réalité de son état d’esprit pourra être mesurée au dialogue qu’elle décidera, ou non, d’ouvrir avec LVMH et aussi aux droits de vote dont elle pourra décider de priver les titres anciennement achetés et n’ayant pas fait l’objet par LVMH de déclaration à la société, comme l’exigent ses statuts.
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