Londres menace de prison les dirigeants des groupes d'énergie

Dans sa lutte contre la hausse des prix, le gouvernement va faire passer une loi visant à sanctionner pénalement les manipulations de marché
Olivier Pinaud

Les «big six» de l’énergie britannique sont plus que jamais dans le collimateur des autorités. Ed Davey, le secrétaire d’Etat à l’énergie, a annoncé hier un projet de loi visant à punir pénalement toute personne ayant été reconnue coupable de manipulation du marché de gros de l’électricité et du gaz. Fixer le prix à un niveau artificiel, utiliser des informations privilégiées pour intervenir sur le marché ou bien encore passer de faux ordres pourrait ainsi être sanctionné jusqu’à deux années de prisons.

«Manipuler le marché de l’énergie est totalement inacceptable, et ces propositions renforcent l’arsenal de défense, plus en rapport avec ce qui se pratique sur les marchés financiers», a expliqué Ed Davey qui a déjà menacé de scission les groupes d’énergie en cas de monopole avéré. Après consultation, la loi pourrait entrer en vigueur au printemps 2015. Rachel Fletcher, l’une des dirigeantes de l’Ofgem, l’autorité de régulation britannique du marché de l’énergie, s’est félicitée de ce futur dispositif qui viendra renforcer les pouvoirs du régulateur.

Depuis quelques mois, le gouvernement britannique multiplie les interventions pour réformer le marché local de l’énergie, jugé insuffisamment concurrentiel malgré la présence de six grands acteurs (Centrica, SSE, RWE npower, E.ON, EDF Energy et Scottish Power, filiale d’Iberdrola). Les prix de l’électricité et du gaz sont devenus un enjeu politique fort à l’approche des élections législatives de 2015. Le parti travailliste d’Ed Miliband a ainsi promis de geler les prix de l'énergie pendant vingt mois s’il accède au pouvoir l’an prochain.

Fin juillet, l’Ofgem et les représentants des «big six» se sont querellés sur les niveaux réels de leurs marges par foyer. Selon le régulateur, elles auraient doublé en un an. Un chiffre contesté par les industriels qui rappellent que le mode de calcul du régulateur a été récemment modifié ce qui rend les comparaisons inappropriées. En juin, à la demande de l’Ofgem, l’autorité de la concurrence britannique (CMA) a lancé une enquête officielle sur le secteur, en excluant toutefois le marché de gros du gaz, même si celui-ci est contrôlé par Centrica.

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