L’onde de choc de la catastrophe japonaise menace le redressement d’Areva
La faible liquidité du marché du certificat d’investissement Areva (15 millions de titres cotés représentant 4% du capital) tend à amplifier les mouvements, à la hausse ou à la baisse. Mais la chute de 16% du cours en cinq séances, malgré une remontée de 4% ces deux derniers jours, démontre la vigueur des inquiétudes des investisseurs. Seul groupe mondial intégrant la totalité de la filière nucléaire civile (extraction-enrichissement, réacteurs, retraitement), Areva sera en première ligne en cas d’un nouvel «hiver nucléaire» provoqué par l’accident à la centrale de Fukushima.
Les conséquences financières sont encore difficilement chiffrables, d’autant qu’avec son activité de services et de maintenance Areva pourrait profiter d’un durcissement probable des niveaux de sécurité dans les centrales. Néanmoins, les analystes de CM-CIC calculent qu’un arrêt total des nouvelles commandes de réacteurs dans le monde provoquerait un manque à gagner d’environ 3 milliards d’euros, en valeur d’entreprise, pour Areva, soit 7,8 euros par action, plus que la chute du certificat depuis vendredi (6 euros). A moyen terme, c’est l’ensemble de la chaîne nucléaire qui risque de souffrir d’un «taux de croissance plus faible qu’attendu», indique la Société Générale. Areva pourrait bien compter sur son carnet de commandes (44 milliards d’euros) mais serait privé de relais au bout de 4 à 5 années d’activité.
Ces reports pourraient aussi avoir de lourdes conséquences à court terme pour Areva dont la notation de crédit était déjà sous surveillance négative par S&P. La signature escomptée de contrats EPR, 4 à 6 par an d’ici à la fin de 2012, doit permettre, grâce aux avances payées par les clients, de financer une partie des besoins d’investissement d’Areva, notamment dans son activité minière.
«Si le groupe devait constater un décalage important dans ses contrats, l’objectif d’un retour à un cash-flow disponible positif dès 2012 pourrait être remis en cause», craint CM-CIC. Or, c’est sur cette prévision que la direction d’Areva a certifié début mars que le groupe n’aurait pas besoin d’une levée de fonds supplémentaire, après les 900 millions d’euros souscrits l’an dernier par le Koweït et la France. Sans compter que, si elle se confirme, la baisse des cours de l’uranium (-26% pour les prix spot depuis vendredi) remet en question la progression attendue des marges de l’activité minière.
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