L’IPO de Royal Mail fait le bonheur des gros investisseurs
Le National Audit Office s’est montré relativement indulgent avec le gouvernement de David Cameron. Dans son rapport d’enquête sur les conditions de la privatisation de Royal Mail en octobre 2013, la Cour des comptes britannique n’a pas relevé d’irrégularité, tout au plus des choix malheureux. Il n’en jette pas moins une lumière trouble sur la stratégie des banques chargées du placement: Goldman Sachs, UBS, Barclays, Merrill Lynch, Investec, Nomura et RBC, sans oublier Lazard comme conseil global.
En privilégiant la sécurité lors d’un placement par book-building, Londres a privé le contribuable de gains substantiels: la fourchette de 260 à 330 pence annoncée au marché empêchait de fait le vendeur de relever le plafond, et ses banques le lui ont déconseillé. Le gouvernement a en outre cédé 60% du capital alors que 50% auraient suffi à l’objectif de privatisation, renonçant ainsi à de nouveaux gains. Vendue à 330 pence, l’action Royal Mail a gagné 38% pour son premier jour de cotation, le record pour une IPO à Londres dans l’histoire récente. Elle traitait hier autour de 565 pence.
Le rapport sur Royal Mail livre surtout un éclairage rare sur un processus de mise en Bourse d’une telle ampleur (1,7 milliard de livres). Le gouvernement, qui voulait allouer 70% du placement aux institutionnels, a ciblé des investisseurs de long terme. Identifiés en septembre lors d’une phase qualifiée de «poisson-pilote», 17 grands comptes ont exprimé des attentes de rendement qui correspondaient à des prix allant de 250 à 333 pence. Ils ont été servis en priorité: 16 d’entre eux ont reçu 22% des titres, plus que les 274 autres institutionnels suivants, tandis que 506 investisseurs sont repartis bredouilles. Le 8 octobre, dernier jour du placement, la demande institutionnelle représentait près de 24 fois l’offre, dont 10,6 fois à mettre au compte des hedge funds.
Mais ces privilégiés se sont révélés infidèles. Sur les 20 premiers actionnaires institutionnels de Royal Mail, 7 avaient cédé l’intégralité de leur ticket au bout de quelques semaines pour empocher leurs plus-values, à l’image de Standard Life, et 4 l’avaient réduit de plus de moitié. A fin janvier, ne restaient plus au capital, à hauteur de 12%, que 6 des 16 investisseurs servis en priorité. De là à considérer que les banques ont choisi comme poissons-pilotes de bons clients pour leurs activités de courtage, le pas est vite franchi.
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