L’Etat s’impose chez Alstom
Huit ans après sa sortie du capital, l’Etat français redevient le premier actionnaire d’Alstom en reprenant 20% auprès de Bouygues. L’opération, qui a nécessité un week-end de négociations serrées entre l’Agence des participations de l’Etat et le groupe de BTP, constituait une condition sine qua none. Sans celle-ci, et sans l’aménagement de l’offre de General Electric jeudi, le ministre de l’Economie, Arnaud Montebourg n’aurait pas hésité à utiliser le nouveau décret sur les secteurs stratégiques pour bloquer le groupe américain.
Conclue dimanche dans l’après-midi, la transaction entre l’APE et Bouygues prévoit une entrée rapide de l’Etat au conseil d’administration d’Alstom. Le groupe de BTP s’est engagé à prêter 20% à l’Etat pour qu’il puisse voter en AG. Olivier Bouygues et Philippe Marien, les deux représentants de Bouygues, laisseront leurs places au conseil d’administration d’Alstom à des représentants de l’Etat.
En revanche, le prix de vente de ce bloc de 20% n’est pas arrêté. Une option d’achat a été consentie par Bouygues à l’Etat. Celui-ci pourra l’exercer pendant la période de 20 mois suivant la réalisation complète des opérations annoncées par Alstom samedi. Le prix sera assorti d’une décote « usuelle », indique Bouygues, sous réserve que ce prix soit supérieur ou égal à l’équivalent d’un prix théorique de 35 euros ajusté. Passés ces 20 mois et pendant 8 jours de Bourse, l’achat pourra se faire au prix du marché assorti d’une décote, pour un maximum de 15% du capital d’Alstom.
Bouygues s’assure ainsi de pouvoir rentrer dans ses frais. Le groupe avait bien déprécié de 1,4 milliard d’euros la valeur de sa participation au capital d’Alstom en février dernier. Mais ses 29,3% d’Alstom sont encore comptabilisés 3,08 milliard d’euros, soit près de 35 euros par action. Avec le mécanisme négocié avec l’Etat, Bouygues est également assuré de percevoir le dividende exceptionnel qu’Alstom reversera à ses actionnaires une fois perçu le cash prévu par l’offre de GE.
Ce « super dividende » sera puisé dans les 9,25 milliards d’euros de cash que recevra le groupe français de GE. Son offre valorise bien les activités énergie d’Alstom à 12,35 milliards d’euros (11,4 milliards en valeur d’entreprise), services centraux et partagés inclus. Mais, dans un second temps, le français devra reverser 2,5 milliards d’euros à GE lors de la création des trois co-entreprises à 50-50 dans le domaine des réseaux, des énergies renouvelables et des activités nucléaires dans le monde et la vapeur en France. L’Etat français disposera d’une action préférentielle lui accordant des droits de veto ainsi que des droits de gouvernance spécifiques dans le domaine de la sécurité et des technologies pour centrales nucléaires en France. Par la suite, GE vendra à Alstom son activité de signalisation pour un montant estimé à environ 600 millions d’euros (800 millions de dollars).
Sur ces 9,25 milliards d’euros de cash, une partie ira au désendettement d’Alstom, dont la dette s’élevait à la fin du dernier exercice à 3 milliards d’euros nets. Le groupe pourrait reverser près de 4 milliards d’euros à ses actionnaires et conserver le solde pour lui permettre de procéder à des acquisitions dans le ferroviaire. Conformément aux recommandations du code Afep-Medef, l’offre sera soumise au vote des actionnaires d’Alstom.
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