L’Etat schizophrène

Philippe Mudry

L’Etat n’a pas toujours été, c’est un euphémisme, un parangon de qualité managériale dans les entreprises qu’il possède ou dont il est actionnaire. Mais sa campagne contre les rémunérations patronales marque une aggravation de ses dérives schizophréniques.

Jusque-là, ses contradictions se cantonnaient souvent à la sphère des nominations. Mais voici qu’en assemblée générale d’Air France KLM et de Safran, l’Etat actionnaire a décidé de mener la fronde sur le terrain des rémunérations alors que le même Etat avait, en tant qu’administrateur, validé la clause de non-concurrence de Pierre-André Gourgeon et les gratifications accordées à Jean-Paul Herteman ! Que vaut, dans ces conditions, l’engagement de l’Etat au sein des conseils ? La question se pose en particulier pour tous les patrons d’entreprises publiques qui vont voir sous peu leurs rémunérations, pourtant librement négociées, revues d’autorité. L’univers des entreprises est-il si sulfureux, et les choix de l’ancien pouvoir si scandaleux, qu’ils légitiment pour l’Etat de s’affranchir, en toute bonne conscience, de la valeur de sa signature et, accessoirement, du principe de continuité de l’Etat ? Pierre Moscovici, le ministre des Finances, s’apprête à exposer la nouvelle doctrine de l’Etat à l’égard des entreprises publiques. Espérons qu’il saura expliquer comment mettre un terme à cet erratique comportement générateur d’arbitraire, très dommageable à la gouvernance des plus grands groupes nationaux.

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