L’Etat retrouve voix au chapitre chez Dassault Aviation
Invité par la Cour des comptes en avril à adopter une stratégie industrielle dans le secteur de la défense, l’Etat semble avoir entendu les sages de la rue Cambon. Il a en effet acquis une action Dassault Aviation, un investissement symbolique sur le plan financier (autour de 900 euros) mais qui lui a permis de nouer le 21 juin un pacte d’actionnaires avec EADS. L’Autorité des marchés financiers vient d’en publier les détails.
Aux premières loges chez Dassault Aviation lors des nationalisations de 1981, l’Etat n’a plus qu’un intérêt indirect à travers sa part de 12% dans EADS, lui-même actionnaire à 46,3% du constructeur du Rafale. Or, depuis l’assemblée générale de mars 2013 qui a entériné la nouvelle gouvernance d’EADS, la France, comme l’Allemagne, a perdu son droit de veto sur les grandes décisions du groupe aéronautique. Et donc, par ricochet, sur l’avenir de la participation dans Dassault Aviation.
Le pacte conclu le 21 juin pour une durée de 90 ans remet Paris au centre du jeu. EADS exercera les droits de vote attachés aux actions Dassault Aviation après avoir consulté les pouvoirs publics. Surtout, le pacte institue au bénéfice de l’Etat un droit de premier refus au cas où EADS voudrait céder ses titres au fil de l’eau ou via un placement accéléré, et un droit de première offre en cas de projet de cession à un ou plusieurs tiers.
Dans le cas d’une offre publique d’achat ou d’échange, l’Etat devra s’aligner sur le prix proposé ou sur la moyenne des 4 derniers jours de Bourse précédant la fin de l’OPE s’il veut faire jouer son droit. Le constructeur aéronautique, dont le titre peu liquide n’a pas réagi hier à ces informations, vaut 9,2 milliards d’euros en Bourse.
L’Etat ne compte pas accroître sa part, ni «proposer des changements dans la stratégie» ou demander à être représenté au conseil de Dassault. Mais les pouvoirs publics pourront peser davantage sur la recomposition d’un secteur dont l’avionneur est devenu le pivot. Le groupe est notamment actionnaire à 26% de Thales.
«Progressivement, l’Etat a donné à cette société familiale de taille intermédiaire les clés d’entreprises plus importantes qu’elle», soulignait en avril Didier Migaud, le président de la Cour des comptes. Ce dernier pointait notamment du doigt les risques que la succession de Serge Dassault pourrait soulever à terme pour le contrôle des groupes de défense.
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