L’Etat place Peugeot sous surveillance
Farouchement attachée à son indépendance, la famille Peugeot doit se résigner à accepter un soutien de l’Etat. Le deuxième en trois ans. Ce dernier va apporter entre 5 et 7 milliards d’euros de garanties à Banque PSA Finance, qui risquait de ne plus pouvoir se financer à court terme. En contrepartie, le constructeur devra faire des concessions à l’Etat: en matière de gouvernance, en acceptant l’entrée d’un administrateur proche du pouvoir, voire en aménageant une partie du plan de fermeture de l’usine d’Aulnay.
La famille Peugeot, premier actionnaire du groupe avec 25% du capital, et qui a déjà réinjecté 140 millions d’euros lors de l’augmentation de capital du début d’année, avait peu d’alternative. Malgré l’appui de General Motors, cette recapitalisation d’un milliard d’euros n’a pas suffi à restaurer le bilan du constructeur automobile. Son produit permet à peine de couvrir les charges de restructuration de l’outil de production en France. Et compte tenu de la faiblesse de l’activité commerciale - les chiffres du troisième trimestre sont attendus ce matin - le constructeur consomme environ 200 millions d’euros de cash chaque mois, annihilant les effets positifs du plan de cession d’actifs (Gefco, siège...).
Surtout, une dégradation par Moody’s et S&P, dans la foulée de celle infligée au constructeur automobile, de Banque PSA Finance (BPF) aurait achevé d’ébranler l’édifice. Exclue de la catégorie «investment», la banque du groupe, qui ne peut pas s’appuyer sur des dépôts, n’aurait plus eu accès au marché à court terme dans de bonnes conditions. Or, ces emprunts (885 millions d’euros de billets de trésorerie et 2,67 milliards de certificats de dépôts fin 2011) financent les prêts à très court terme consentis par BPF au réseau commercial pour l’achat de véhicules neufs ou d’occasion, de pièces et pour leurs besoins de trésorerie.
Un renchérissement de son financement aurait immédiatement pesé sur le bénéfice de BPF et de Peugeot. La captive est la deuxième contributrice au compte de résultats du groupe après Faurecia et permet de compenser les pertes de la division automobile. Ce surcoût aurait également accentué le déficit de compétitivité avec les concurrents. Volkswagen profite de la capacité de financement de sa banque, près de 400 points de base inférieure à celles de ses concurrents, pour casser le prix de ses voitures sans peser sur sa marge opérationnelle.
Cet accord, qui comprend en outre un engagement des banques à reconduire les crédits à BPF, où à lui en fournir de nouveaux, pour un total de 5 milliards d’euros, lève l’incertitude à court terme sur le groupe. Mais il ne règle pas la question de la compétitivité opérationnelle de Peugeot. Sur ce point, le groupe doit présenter ce matin les premiers détails de sa collaboration industrielle avec GM, notamment dans les achats.
L’accord soulève aussi de nombreuses interrogations. Farouchement attachée à son indépendance, la famille Peugeot devra apprendre à composer avec un représentant de l’Etat, même présumé indépendant. Une place devra lui être faite grâce à la démission d’un des seize administrateurs actuels, dont cinq membres représentant la famille Peugeot. Enfin, déjà fragilisée par la situation économique du groupe, la position de Philippe Varin à la tête du directoire paraît aujourd’hui un peu plus menacée.
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