Les transporteurs maritimes se noient dans les surcapacités

L’afflux de nouveaux navires, supérieur à la demande de transport, nourrit une violente guerre des prix. Et envoie tout le secteur dans le rouge
Olivier Pinaud

Dans son ensemble, le secteur a dégagé 2% de marge d’exploitation depuis 2005. C’est une situation intenable pour l’industrie.» L’analyse de Soren Skou, directeur général de Maersk Line, numéro un mondial du transport maritime de marchandises, est sans appel. La division du danois Maersk AP Moller a consacré 18,5 milliards de dollars en capital à cette activité en 2011, pour un retour négatif de 3,4%. Elle a essuyé 600 millions de dollars de pertes en 2011 et prévoit de rester dans le rouge cette année. Une mésaventure partagée par l’ensemble de ses concurrents (voir tableau), même si les chiffres du groupe privé suisse MSC, numéro deux mondial, ne sont pas communiqués.

Plus qu’un ralentissement d’activité - le trafic maritime continue d’ailleurs de croître de 3% à 5% par an - le secteur est victime de surcapacités, principalement sur les trajets Asie-Europe. Trop de navires, trop gros, naviguent sur ces lignes. Selon les statistiques, entre l’Asie et l’Europe, ils sont chargés à moins de 90%. Mais en face, les coûts n’ont pas cessé d’augmenter. S’il ne s’est pas totalement asséché, le financement s’est renchéri. Surtout, la facture pétrolière, premier coût pour les transporteurs, a explosé. Pour le français CMA CGM, la surcharge atteint 1,1 milliard de dollars en 2011.

Or, dans un contexte de surcapacités, les clients rechignent à accepter des hausses de prix pour couvrir cette facture pétrolière. Maersk Line indique que seulement 70% de ses contrats comprenaient en 2011 des clauses d’ajustement indexées sur le pétrole, moins qu’en 2010. Pour maintenir leur activité sous perfusion, certains opérateurs, asiatiques ou les plus petits, ont cassé les prix. Les taux de fret sont ainsi tombés en 2011 à 600 dollars, trois fois moins qu’en 2010.

Selon SeaIntel Maritime Analysis, la guerre des prix aurait coûté 11,4 milliards de dollars à l’industrie en 2011. Et cette situation risque de durer encore plusieurs années. L’écart entre la demande de transport et les capacités ne devrait pas se combler avant 2015, selon les prédictions de Maersk Line. Les capacités pourraient encore croître de 8,3% en 2012, selon le cabinet Alphaliner.

Pour tenter d’enrayer ce cercle vicieux, plusieurs transporteurs se sont récemment associés pour mutualiser certaines lignes. CMA CGM s’est ainsi rapproché du suisse MSC. Le chinois Cosco s’est associé à Evergreen. Des mouvements qui pourraient annoncer, à moyen terme, des rapprochements en bonne et due forme.

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