Les salariés de Lapeyre veulent éviter un scénario «Vivarte»
Le collectif Lapeyre, regroupant les salariés souhaitant devenir actionnaire de l’enseigne, tire la sonnette d’alarme. D’ici fin 2023, les 243 millions d’euros laissés en caisse par la maison mère Saint-Gobain devraient être quasi-intégralement consommés. Un scénario qui pourrait alors aboutir au redressement judiciaire de Lapeyre en 2023, avant un démantèlement pur et dur. «C’est un Vivarte bis qui s’annonce», s’inquiète le collectif, à la suite de l’information-consultation des comités sociaux et économiques (CSE) préalable à la cession effective du groupe de menuiserie. L’acquéreur, le fonds de retournement Mutares, a toutefois affirmé dans les colonnes des Echos qu’aucune date de revente de Lapeyre n’a été annoncée ou mentionnée en CSE ou en d’autres occasions. Mais la confiance est rompue.
Quatre CSE en procédure contre Saint-Gobain
Sur les neuf CSE consultés, quatre ont décidé d’entamer des procédures judiciaires pour obtenir de Saint-Gobain des documents leur permettant de comparer les offres des candidats – le fonds de retournement français Verdoso et le conglomérat industriel algérien Cevital ayant été mis de côté par le groupe de matériaux de construction en novembre. Selon nos informations, Saint-Gobain a bien transmis certaines informations dans des data-rooms physiques sur chaque site, ce lundi. «La mise en place de ces data-rooms physiques est une entrave. Saint-Gobain aurait dû communiquer par mail et transmettre directement ces informations aux élus, estiment des représentants des CSE. Sur le fond, certains documents ont été noircis et le groupe se refuse toujours de transmettre le comparatif des autres offres. Le rapport du mandataire [ndlr, Hélène Bourbouloux] n’a pas non plus été partagé.» Pour les plaignants, la situation est claire : Saint-Gobain refuse de partager ces documents car Mutares n’était pas mieux-disant sur l’aspect social de son plan de restructuration.
Déboires judiciaires du PDG de Cevital
Dans les faits, le document de travail présenté aux organisations syndicales laissait présager la suppression par le fonds allemand de près de 20% des effectifs, soit plus de 700 emplois. La proposition de Cevital, elle, reposerait sur une réduction d’effectifs comprise entre 5 et 10%, a appris L’Agefi. Des fermetures de sites étaient également prévues mais devaient se traduire par un redéploiement sur d’autres activités du conglomérat africain, et plus particulièrement sur le pôle menuiserie, en Europe et en Algérie. «Cevital voulait aussi lancer Lapeyre au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. C’est d’ailleurs pour cela que le groupe avait prévu d’investir 150 millions d’euros de plus», souffle une source proche du dossier, convaincue que Cevital a été évincé en raison des déboires judiciaires d’Issab Rebrab, PDG du groupe. Ce dernier, ainsi qu’une filiale allemande de Cevital, avaient été poursuivis en Algérie pour «infraction à la législation et à la réglementation des changes et des mouvements de capitaux de et vers l’étranger», «faux et usage de faux» et «fausse déclaration douanière». La procédure s’était conclue le 1er janvier 2020 sur une condamnation de la première fortune d’Algérie à dix-huit mois de prison, dont six fermes, et à une amende de 10 millions. Une décision considérée comme hautement politique par nombre d’observateurs.
Du côté de Verdoso, le volet social du plan de restructuration prévoyait également des suppressions d’emplois à un niveau proche de celle de Cevital. Le tout en optant pour une stratégie de fin de la codépendance des magasins avec leurs usines. Les points de vente s’ouvriraient ainsi à d’autres fournisseurs.
La décision de marier Lapeyre à Mutares est attendue le 9 mars.
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