Saint-Gobain trouve une porte de sortie pour Lapeyre
Le verdict était attendu par près de 3.600 salariés. Le groupe français de matériaux de construction Saint-Gobain compte solder son parcours démarré il y a 24 ans dans Lapeyre au profit du fonds allemand Mutares – lequel était parvenu à s’attirer les préférences de la direction.
L’opération, actuellement au stade des négociations exclusives, met donc un terme au processus de cession qui avait été confié à BNP Paribas il y a maintenant plus d’un an. Une déception pour les deux autres prétendants, le fonds de retournement français Verdoso et le conglomérat industriel algérien Cevital, dont l’entrée dans la compétition avait été annoncée dans nos colonnes il y a deux semaines.
«Notre critère de sélection est celui de la pérennité. La stratégie de Mutares s’est avérée la plus crédible et se base sur un vaste plan d’investissement», explique Guillaume Texier, CEO France et EMEA de Saint-Gobain. Dans le détail, le fonds allemand devrait investir près de 150 millions d’euros au cours des prochaines années pour moderniser le réseau de 131 magasins Lapeyre, a appris L’Agefi. Il contribuera aussi à une augmentation de capital d’un montant «à deux chiffres». Pour convaincre, Mutares s’est aussi allié à Marc Ténart, notamment connu pour avoir dirigé Castorama et Conforama.
Le fonds allemand a aussi demandé un moindre effort financier à Saint-Gobain. Le groupe coté a en effet prévu d’accorder à sa future ex-filiale une trésorerie de 245 millions d’euros, quand d’autres estimaient avoir besoin d’une somme sensiblement supérieure. Une différence qui s’explique par le projet qu’entend mettre en œuvre le fonds allemand. A l’instar des 245 millions, l’immobilier de Lapeyre sera logé dans une fiducie et devrait faire l’objet d’une opération partielle de sale & lease back.
Un repreneur mal perçu par Bercy
Mais la crédibilité d’une telle opération interroge nombre d’observateurs. «La pression n’a jamais été aussi importante sur l’immobilier commercial, aucun acheteur ne se présentera au cours des deux prochaines années», estime un professionnel du secteur. Pour certains, Saint-Gobain a cherché à réduire le coût de son désengagement, sans s’attarder sur les conséquences sociales. Perçu d’un mauvais œil par les services de Bercy, Mutares pâtit de sa gestion dans de précédentes opérations de reprises, comme ce fut le cas il y a sept ans avec Pixmania. En moins de deux ans, l’e-commerçant avait déposé le bilan, en dépit du versement de 69 millions d’euros de son ancien propriétaire, l’anglais Dixons Retail. Le bilan du fonds dans l’Hexagone comptabilise cependant quelques succès, comme la relance du producteur de bois Norsilk (par ailleurs fournisseur de Lapeyre). L’entreprise avait été reprise fin 2015 par Mutares et s’est mariée avec 3T France cet été, après avoir généré un résultat net positif pour la première fois en sept ans.
Les salariés de Lapeyre restent néanmoins vent-debout. «Benoît Bazin [actuel numéro deux du groupe, ndlr] a été responsable de l’échec de Lapeyre. Cette cession permet de le laver, en vue d’être intronisé à la tête de Saint-Gobain», juge un syndicaliste. Amers, certains collaborateurs s’étaient réunis au sein du Collectif Lapeyre, pour proposer une alternative de reprise. Mais celle-ci n’avait pas été retenue par Saint-Gobain, qui n’a pas réussi à redresser l’enseigne d’aménagement. Depuis cinq ans, Lapeyre s’enfonce dans le rouge et le chiffre d’affaires n’a cessé de s’effriter, pour atterrir à 641 millions d’euros l’an dernier. En parallèle, une perte d’exploitation de 34 millions d’euros avait été constatée.
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