Les résolutions climat se multiplient en Europe
La résolution climat devient un incontournable des assemblées générales (AG). Une victoire pour les investisseurs actifs qui poussent les groupes les plus exposés à la transition énergétique à agir vite, à l’image de la demande d’AllianzGI dans L’Agefi. Les récalcitrants d’hier deviennent même les bons élèves d’aujourd’hui, à l’instar de Vinci et de Total.
Le 8 avril prochain, Vinci sera la première société française à faire voter ses actionnaires sur son «plan de transition environnementale». Même si ce vote sera «purement consultatif afin de ménager les attributions propres à chacun des organes sociaux», le revirement est radical. L’an dernier, Vinci avait refusé l’inscription à l’ordre du jour d’une résolution identique demandée par le fonds activiste TCI, invoquant une modification substantielle de la répartition des attributions dévolues au conseil et à l’AG. Bien que non contraignante, si cette résolution n’est pas adoptée, Vinci s’engage d’ores et déjà à mettre en œuvre «tous les moyens à sa disposition pour échanger et recueillir auprès de ses actionnaires des informations sur les raisons» de leur opposition. Le groupe informerait alors tous ses actionnaires et indiquerait les mesures envisagées pour en tenir compte.
Des ONG n’y voient que du greenwashing
Total a annoncé jeudi qu’il proposerait aussi le 28 mai prochain une résolution sur «l’ambition de la société en matière de développement durable et de transition énergétique vers la neutralité carbone et ses objectifs à horizon 2030». Le pétrolier explique répondre ainsi à «certaines attentes», compte tenu de «l’irrecevabilité d’un projet de résolution relatif à cette stratégie qui serait présenté par des actionnaires dès lors qu’il s’agit d’un domaine de compétence propre du conseil d’administration». En effet, l’an dernier, le conseil de Total avait refusé d’agréer la résolution déposée par un groupe de onze actionnaires institutionnels demandant une modification des statuts de Total «afin de renforcer la contribution de son modèle économique à l’atteinte de l’Accord de Paris sur le climat», notamment sur le Scope 3 (émissions indirectes). Toutefois, sous l’amicale pression de Phitrust depuis des années, Total avait fait l’an dernier un premier pas en inscrivant dans ses statuts la responsabilité sociale et environnementale (RSE) dans les missions du conseil, conformément aux dispositions de la loi Pacte.
Greenpeace et Reclaim Finance ont qualifié cette résolution d’«énième tentative de Total pour contrer une possible résolution d’actionnaires sur le climat». Les deux ONG n’y voient que du greenwashing et appellent les actionnaires engagés pour le climat à déposer leur propre résolution climat en exigeant de la part de Total «la transparence sur son recours aux technologies industrielles et naturelles de stockage du CO2 et la publication de certaines métriques qui leur sont indispensables pour juger des risques liés à leurs investissements».
Le climat se traduit aussi dans les rémunérations
Néanmoins, signe de l’engagement concret de Total, la baisse des émission indirectes (Scope 3) en Europe constituera désormais un des critères d’attribution d’actions de performance du PDG, Patrick Pouyanné, et des dirigeants. Les Scopes 1 et 2 continueront à peser 15% auxquels s’ajouteront 15% pour le Scope 3 en Europe, précise le groupe multi-énergies à L’Agefi. En outre, les critères qualitatifs relatifs à la stratégie de transformation de l’entreprise pèseront 25% (15% pour la stratégie transformation Multi-énergies et 10% pour la stratégie de croissance Renouvelabe Electricité) sur un total de 180% pour la rémunération variable annuelle du PDG. Ces critères se substituent aux 25% consacrés auparavant aux stratégies amont (pétrole) et aval (raffinage et marketing).
En Europe aussi, les résolutions climats se multiplient. Notamment sous la pression d’Ethos.
La fondation suisse a réussi cette semaine à faire bouger deux poids-lourds de leur secteur, LafargeHolcim et Nestlé. Le cimentier suisse a annoncé jeudi qu’il préparait un rapport sur la transition climatique, mais ne le soumettrait au vote non contraignant de ses actionnaires qu’en 2022. En revanche, Nestlé proposera lors de son AG du 15 avril prochain un vote consultatif sur sa feuille de route climatique. La fondation Ethos et sept caisses de pension suisses avaient déposé une résolution en ce sens, avant de la retirer après cette décision de Nestlé. Ethos explique poursuivre son dialogue avec LafargeHolcim et Nestlé, afin d’obtenir un vote annuel sur le climat.
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