Les repreneurs d’Alstom doivent faire mieux
Le suspense demeure autour de l’avenir d’Alstom. Hier, le président de la République François Hollande et le ministre de l’Economie, Arnaud Montebourg, ont rencontré successivement le patron de GE, le matin et celui de Siemens, le soir. Le conseil de Siemens devrait se prononcer dans la journée sur l’éventuel dépôt d’une offre. Pour sa part, Alstom s’est engagé à prendre position avant demain matin, pour permettre une reprise de cotation. A l’issue de sa rencontre, Siemens n’a pas fait de commentaire.
Le matin même, François Hollande et Arnaud Montebourg avaient rencontré Jeff Immelt, PDG de General Electric. L’occasion pour le géant américain de détailler son projet, de rappeler ses investissements passés en France – à l’instar de son partenariat de plus de 40 ans avec Safran dans les moteurs d’avions – et de montrer son implication pour sauvegarder les emplois, les centres de décisions et les pôles d’excellence en France, en réponse aux attentes de l’Elysée.
«Nous avons eu une discussion ouverte, chaleureuse et constructive, a déclaré Jeff Immelt à l’issue de son entretien avec le président Hollande. Nous avons entendu et comprenons son point de vue et nous sommes engagés à travailler ensemble». GE pourrait ainsi relocaliser certaines de ses activités en France.
«L’Etat a forcément son mot à dire parce qu’il est celui qui commande, non pas l’entreprise, mais qui commande à l’entreprise un certain nombre d’achats dans des secteurs tout à fait stratégiques», a déclaré hier François Hollande, précisant que le seul critère déterminant sera le dossier le plus favorable à la création d’activité et à l’emploi en France. En termes d’emplois «il y a probablement plus de chevauchements avec Siemens qu’avec GE en Europe», prévient Kepler Cheuvreux.
Pour l’heure, GE proposerait de racheter les activités énergie et grid (transmission) d’Astom pour environ 10 milliards d’euros. Une manne qui permettrait notamment à la branche transport de ne pas ouvrir son capital. Siemens, arrivé tel un chevalier blanc grâce à l’intervention du gouvernement français mécontent de ne pas avoir été prévenu des projets d’Alstom, reprendrait les activités énergie d’Alstom – hormis les turbines nucléaires, et apporterait une partie de ses activités ferroviaires à Alstom. Siemens bénéfice en outre du soutien de Berlin, qui s’est empressé de soutenir ce projet de rapprochement franco-allemand.
«Si l’offre de Siemens nous semble plus attractive que celle de GE, celle de l’américain semble recueillir le plus de voix favorables de la part des officiels et des syndicats», note l’analyse crédit d’Aurel ETC Pollak. En revanche, Kepler Cheuvreux voit davantage de complémentarités industrielles dans l’offre de GE.
«Siemens proposerait une participation dans ses activités de transport – que nous évaluons à 3,3 milliards d’euros - , qui ferait d’Alstom le leader européen de l’équipement ferroviaire, précise Kepler Cheuvreux. Une participation limitée à 50% permettrait d’éviter les questions de concurrence que poserait une acquisition complète».
Pour sa part, Exane BNP Paribas anticipe des risques de concurrence plus élevés dans le cadre d’un accord avec Siemens qu’avec GE, notamment dans le ferroviaire et dans les transmissions.
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