Les rachats d’actions prennent du poids dans l’utilisation de la trésorerie

Un quart du cash des groupes du S&P 500 part dans des rachats d’actions. Fiscalité et politiques de rémunération expliquent une partie du phénomène
Olivier Pinaud

Même Apple a fini par se résigner à lancer un programme de rachats d’actions. Le groupe d’électronique était l’un des rares grands groupes américains à ne pas intervenir sur ses propres titres. La pratique, censée retourner une partie de la trésorerie de la société à ses actionnaires, est de plus en plus courue. Selon les analystes de la Société Générale, un quart des entreprises du S&P 500 emploient exclusivement les rachats d’actions pour rémunérer les actionnaires et se passent de dividendes. Environ 25% de leur cash flow est consacré aux rachats d’actions. Le taux était inférieur à 10% fin 2009. En parallèle, la part de la trésorerie versée sous forme de dividende est tombée à 17%, contre 25% au début des années 90.

L’usage intensif des rachats d’actions est plus répandu aux Etats-Unis. Selon des statistiques de Deutsche Bank, sur les 15 dernières années, 36% des programmes ont été initiés par des sociétés américaines, contre 26% pour l’Europe, 20% au Japon et 17% pour l’Asie.

Un phénomène qui peut notamment s’expliquer pour des raisons fiscales. Les quelque 1.200 milliards de dollars de cash accumulés par les entreprises américaines sont en grande partie détenus en dehors des Etats-Unis. Un rapatriement sur le sol américain via un dividende serait fiscalement pénalisant pour beaucoup de groupes et d’actionnaires. C’est notamment l’une des raisons pour lesquelles Cisco ne verse que 430 millions de dollars de dividendes sur 47 milliards de cash disponible.

Le goût pour les rachats d’actions peut également s’expliquer pour des raisons salariales. Comme le rappellent perfidement les analystes de la Société Générale, l’amélioration du bénéfice par action engendrée par l’annulation des titres rachetés figure souvent dans les critères servant à déterminer la rémunération variable des dirigeants. Ensuite, Apple ne s’en est d’ailleurs pas caché, les actions rachetées sont parfois redistribuées aux cadres ou compensent simplement la dilution engendrée par les plans de stock-options.

Un argument qui pourrait expliquer un paradoxe: les rachats d’actions ne sont pas plus fréquents lorsque les cours de Bourse sont bas, pour profiter de la décote, mais bien lorsque les marchés sont au plus haut. En 2007, les entreprises américaines avaient racheté pour 1.100 milliards de dollars, alors que le S&P 500 était au plus haut depuis 2000.

Un évènement L’AGEFI

Plus d'articles du même thème

ETF à la Une

Contenu de nos partenaires

A lire sur ...