Les patrons américains plaident pour une pause fiscale sur leurs bénéfices à l’étranger
La scène se passe à la Maison Blanche, mi-décembre. Barack Obama reçoit des grands patrons américains. Une réception classique. Mais selon Bloomberg, John Chambers, le PDG de Cisco, aurait légèrement dérogé au protocole pour demander au président américain une faveur: lever la taxe de 35% à laquelle sont soumis tous les bénéfices réalisés à l’étranger lorsqu’ils reviennent sur le sol américain. Une taxe inefficace, selon les patrons des multinationales américaines, puisqu’elle les incite, soit à contourner la loi, soit à maintenir à l’étranger des sommes astronomiques. 1.000 milliards de dollars «dormiraient» ainsi en dehors des Etats-Unis. John Chambers est directement concerné puisque les filiales étrangères de Cisco sont assises sur 31,6 milliards de dollars de bénéfices non distribués.
Selon Bloomberg, Barack Obama ne serait pas resté sourd à cette demande. Des sources proches de la Maison blanche ont indiqué que le président aurait demandé au secrétaire au Trésor, Tim Geithner, de se pencher sur la question. En période de relance économique, une «vacance fiscale», même de quelques mois, serait la bienvenue. En 2004, une «tax holiday» avait permis aux entreprises de ne payer que 5,25 % sur les fonds rapatriés. 360 milliards de dollars étaient ainsi revenus aux Etats-Unis.
Mais selon des économistes, l’argument des patrons consistant à dire que ces fonds «offshore» permettraient de relancer l’investissement aux Etats-Unis s’ils étaient moins taxés ne tient pas. Malgré la crise, les entreprises américaines ne manquent pas de cash pour investir. Elles détiendraient 1.900 milliards de dollars de trésorerie disponible. Ensuite, certains rappellent que les groupes américains affichent déjà des taux effectifs d’imposition inférieurs aux 35% officiels. Et ce, justement, grâce à leur déploiement à l’étranger et à l’inscription de certaines de leurs filiales dans des paradis fiscaux. Google a par exemple économisé 3,1 milliards de dollars d’impôts en trois ans en enregistrant une partie de ses bénéfices aux Bermudes. Une gymnastique fiscale qui serait plus efficace pour améliorer le bénéfice par action des groupes plutôt qu’investir pour accroître le chiffre d’affaires ou augmenter la productivité.
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