Les marchés réservés face à l’appétit vorace de Facebook
Après l’annonce du rachat par Facebook de l’application mobile WhatsApp et ses 450 millions d’utilisateurs mensuels pour la modique somme de 19 milliards de dollars, la réaction des marchés est loin d’être positive compte tenu de l’énormité du prix offert par le réseau social. Jeudi en milieu d’après-midi à Francfort, l’action perdait 2,63% à 48,57 euros après une matinée en recul. La veille au soir tard à New York, l’action Facebook avait déjà reculé de 5,7 % durant l’extension des échanges après la clôture, passant de 68,06 dollars à 64,18 dollars. Mais les traders ont-ils raison d'être réservés?
Jeudi matin, certains analystes semblaient trouver un fondement au méga deal lancé par Mark Zuckerberg sur l’ application mobile WhatsApp dont la base d’utilisateurs croît quotidiennement d’un million de nouveaux clients. Ainsi Steven Ambrose, Pdg de Strategy Worx, un cabinet de conseil basé à Johannesburg, se dit même optimiste. Il souligne le potentiel de croissance de WhatsApp dans les pays émergents ou en développement qu’il juge supérieur à celui de Facebook car l’application y est déjà intégrée dans les téléphones portables. Il peut ainsi rapidement remplacer les SMS comme choix de messagerie, note t-il. «Concernant la consommation de masse en Afrique du Sud et sur le reste du continent, les plateformes de medias sociaux et l’utilisation d’internet sur les téléphones mobiles font face à une barrière économique à l’entrée. C’est d’ailleurs prouvé par la lente progression de Facebook vers les 10 millions d’utilisateurs en Afrique du Sud, tandis que WhatsApp a doublé le nombre de ses utilisateurs à 10 millions l’an dernier», explique Steven Ambrose cité par l’agence Blommberg.
L’analyste ajoute que l’ambition cachée de Facebook pourrait être l’intégration d’outils sociaux à l’application mobile afin d’offrir aux populations émergentes un réseau social à moindre coût, et ainsi concurrencer son homologues chinois TenCent, propriétaire de WeChat. Avec 12 millions de smartphones et environ 20 millions de téléphones portables connectés en Afrique du Sud, la pénétration du marché par WhatsApp approche les 30 %. Par ailleurs les investissements consacrés au Creative Labs n’ont pas permis à Facebook de faire de Messenger l’application privilégiée des utilisateurs, incités à acheter WhatsApp.
L’offre lancée mercredi soir est la plus importante acquisition jamais réalisée par la société californienne basée à Menlo Park en Californie, qui indiquait d’ailleurs disposer de 11,4 milliards de dollars en liquidités et placements à fin 2013, selon Bloomberg, pour une valorisation boursière actuelle de 173 milliards de dollars. Seule la fusion entre Time Warner et AOL en 2001 (124 milliards de dollars) dépasse l’opération de rachat conduite par Facebook annoncée mercredi.
Dans le détail, l’offre lancée par Facebook porte sur 16 milliards de dollars dont 4 milliards en numéraire et 12 milliards en actions Facebook. A ces montants viennent s’ajouter 3 milliards de dollars d’actions gratuites destinées aux employés de WhatsApp. En cas d’annulation de la transaction, l’indemnité de rupture s’élèverait à 1 milliard de dollars en numéraire et 1 milliards en actions Facebook.
Les grands gagnants de cette opération sont Sequoia Capital, qui après avoir investi 8 millions de dollars en 2011, pour acquérir 15 % du capital, parvient à récolter 3,5 milliards de dollars après 2 ans de participation, mais aussi Blackberry, propriétaire de l’application Blackberry Messenger, qui voyait son cours monter de 9 % hier soir à la clôture.
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