Les indemnités du patron de Novartis offrent un argument de choc aux partisans du «say on pay» suisse
A l’approche de l’ouverture de la saison des assemblées générales, les entreprises sont prévenues: les conditions de rémunérations des dirigeants restent une question sensible. Novartis peut en témoigner. Depuis quelques jours, la polémique bat son plein sur les indemnités de départ de son ancien président du conseil d’administration, Daniel Vasella, dont la rémunération avait déjà suscité de vives critiques dans le passé (13,1 millions de francs en 2012, 20,5 millions en 2009). Agé de 60 ans, celui-ci percevra 12 millions de francs suisses, durant six ans au maximum, soit environ 58 millions d’euros au total. La somme est toutefois conditionnée au respect de certaines clauses, en particulier une interdiction de passage à la concurrence et la transmission de son savoir-faire à Novartis.
Daniel Vasella a assuré qu’il ferait don de ses indemnités à des organisations d’utilité publique mais cela n’a pas éteint la polémique. Un avocat a porté plainte pour tenter d’interdire le versement des indemnités. Le fonds ISR Actares a pour sa part annoncé qu’il n’accordera pas sa «décharge» à Novartis lors de l’assemblée générale de vendredi, une façon de montrer sa désapprobation alors que les actionnaires ne voteront pas directement sur le contrat de non concurrence de Daniel Vasella.
Cette nouvelle polémique autour des indemnités de l’ancien président de Novartis tombe en plein débat sur les rémunérations abusives des dirigeants suisses. Les électeurs de la confédération doivent se prononcer le 3 mars sur une «initiative populaire fédérale» visant à encadrer les salaires «en vue de protéger l’économie, la propriété privée et les actionnaires et d’assurer une gestion d’entreprise durable».
Selon les sondages, le «oui» l’emporterait assez largement. Cet encadrement prévoit pour les sociétés anonymes suisses cotées en bourse en Suisse ou à l’étranger l’instauration d’un «say on pay» en assemblée générale: les actionnaires voteraient chaque année la somme globale des rémunérations du conseil d’administration, de la direction et du comité consultatif. Si l’initiative est adoptée, les membres des organes de direction ne recevraient «ni indemnité de départ ni autre indemnité, aucune rémunération anticipée ni prime pour des achats ou des ventes d’entreprises». En cas de violation, les contrevenants risqueraient une «privation de liberté» de 3 ans.
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