« Les grandes sociétés de gestion se soucient peu de leur droit de vote »
L’Agefi: Pourquoi la société de gestion PhiTrust n’a-t-elle pas pu déposer, comme elle le prévoyait, une résolution lors de l’AG de ce matin sur des questions environnementales?
Patrick de La Chevardière: Ce n’est absolument pas parce que nous n’avons pas voulu. PhiTrust ne disposait pas des 0,5% du capital nécessaires pour pouvoir soumettre au vote des actionnaires une résolution. Mais comme tout actionnaire qui détient au moins une action, PhiTrust a le droit de nous adresser une question écrite. Ce qu’il a fait. Nous répondrons à cette question lors de l’AG.
L’AMF a créé un groupe de travail sur les AG. Jugez-vous suffisante la démocratie actionnariale?
Il faut rappeler les prérogatives importantes de l’AG: l’approbation des comptes, la fixation du dividende, la nomination des administrateurs ou les émissions d’actions. Parallèlement, et à juste titre, elle permet de poser des questions à la direction générale ou aux administrateurs. Je pense que nos AG laissent suffisamment la parole à nos actionnaires. Je regrette simplement que les grandes sociétés de gestion, et plus particulièrement les françaises, se soucient aussi peu de leur droit de vote. Ceux-ci sont souvent délégués. La personne qui vote est rarement la personne qui investit. C’est choquant. Il faudrait que la place de Paris renforce la gouvernance de ces fonds pour que la décision de vote soit prise au bon niveau.
Comment Total gère-t-il la volatilité extrême des cours du pétrole, à la hausse comme à la baisse?
Il s’écoule généralement entre 7 et 10 ans entre le moment où nous signons une concession et celui où nous débutons la production. Notre gestion repose donc sur la conviction profonde que nous avons sur les prix à moyen terme. Or, nous sommes convaincus qu’avant la fin de la décennie la demande de pétrole sera contrainte par l’offre. Le gaz nécessitera aussi d’importants besoins de développement. C’est forts de cette conviction haussière que nous décidons d’investir. Même quand les cours sont tombés à 40 dollars en 2008, nous avons continué à investir.
Mais à 120 dollars, n’y a- t-il pas un risque de sur-investissement?
A ce niveau, il n’y a en effet aucun problème de cash. Mais mon travail de directeur financier est de veiller aux équilibres à long terme du bilan. C’est pourquoi, si nous voulons faire des acquisitions dans l’amont, nous devons vendre des actifs dans des métiers pour lesquels notre conviction est baissière, comme le raffinage en Europe. La cession de notre participation dans Cepsa et notre montée à 12% du capital du russe Novatek est l’illustration de cette stratégie. Nous avons déjà fait une bonne partie du chemin en matière de cession d’actifs. Le dossier de notre raffinerie britannique est compliqué mais nous avons bon espoir de trouver une solution.
Ces cessions financeront-elles l’OPA de 1,4 milliard de dollars sur SunPower?
Elle se finance dans l’année, sans difficulté, avec nos cash flow. Mais cette acquisition n’est pas une opération de communication. Elle représente environ 5% de nos investissements nets annuels. SunPower va devenir le bras armé de Total dans le solaire. Nous réfléchissons d’ailleurs à regrouper nos différentes activités dans ce domaine.
A ce niveau de cours du pétrole, certains investisseurs espèrent une hausse du dividende…
Notre règle en matière de dividende est connue: 50% du bénéfice distribuable. Or, nous raisonnons toujours avec un prix moyen du pétrole à 80 dollars. Un relèvement du dividende supposerait que nous passions à un scénario à 100 dollars. Ce n’est pas impossible mais il faut attendre encore pour voir si les cours s’installent durablement au-dessus de 100 dollars. Et cela ne dépend pas que du prix constaté mais aussi des grands équilibres économiques mondiaux qui guident le cours du pétrole. Enfin, notre dividende procure déjà un rendement de 5,5% avec une forte sécurité sur son versement. Il n’y avait donc pas d’urgence à augmenter le dividende.
La hausse des prix du pétrole peut-elle nourrir des projets d’OPA dans le secteur?
Il n’y a pas plus de probabilité qu’avant. Même au plus fort de la crise, personne ne s’est lancé dans l’aventure BP. Et pourtant, le dossier a été présenté par les banques à toutes les majors, dont Total. Enfin, l’écart de valorisation entre les groupes est faible. Résultat, en ajoutant la prime de contrôle, une OPA devient tout de suite dilutive.
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