Les exploitants nucléaires allemands seront soumis à une double peine
La position de l’Allemagne sur le nucléaire civil est désormais claire, la coalition de centre-droit au pouvoir ayant fixé à l’année 2022 la fermeture définitive des 17 centrales nucléaires d’outre-Rhin, suivant ainsi les conclusions du rapport de la commission d’éthique nommée par la chancelière Angela Merkel. Huit réacteurs parmi les plus anciens étaient déjà à l’arrêt, dont sept depuis la mi-mars suite à la catastrophe de Fukushima. «Notre système énergétique doit être changé de façon fondamentale et peut l'être. Nous voulons pour l’avenir une énergie plus sûre, et en même temps fiable et économique», a déclaré hier Angela Merkel à la presse.
RWE, E.ON, Vattenfall et EnBW apparaissent comme doublement pénalisés par cette décision qui devra être approuvée par le Parlement début juillet. En plus des coûts liés à la reconversion de leur mix énergétique, ces producteurs devront en effet toujours s’acquitter de la taxe sur le combustible nucléaire, introduite cette année en contrepartie d’une prolongation, désormais caduque, de la durée de vie des centrales. Censée faire rentrer 2,3 milliards d’euros chaque année dans les caisses de l’Etat, elle devrait finalement rapporter un milliard de moins.
Cette recette fiscale est d’autant plus nécessaire que le gouvernement, qui s’est engagé sur une trajectoire budgétaire stricte, devra trouver une alternative au nucléaire qui représentait l’an dernier 22% de la production électrique du pays. Il entend «accélérer la construction des infrastructures électriques et l’utilisation des énergies renouvelables» qui devront assurer 35% de la production d’ici 2020, soit un doublement en dix ans. L’Allemagne devra par ailleurs réduire sa consommation électrique de 10% à cette échéance.
Hier, le analystes de Raymond James estimaient l’impact dilutif de cette annonce sur le bénéfice par action des groupes énergétiques allemands à 7% pour E.ON en 2011 et 2012 et à 14% pour RWE, «hors supplément de provisions (plusieurs centaines de millions d’euros) pour fermetures non planifiées des sept réacteurs sous moratoire». Dans ces conditions, le dividende de RWE, qui promet un taux de distribution de 60% mais a peu avancé son programme de cessions d’actifs, pourrait être menacé, selon le courtier. Les détails du projet de loi sur la politique énergétique de l’Allemagne devraient être connus le 6 juin.
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