Les Etats pèsent de tout leur poids dans les débats sur le rapprochement entre EADS et BAE
Dernière ligne droite sous haute tension dans le projet de rapprochement entre EADS et BAE. Alors que le Takeover Panel britannique a donné aux deux groupes jusqu’au 10 octobre pour rendre copie, les tractations politiques au sommet font craindre le risque d’un blocage de dernière minute. La règlementation boursière britannique autorise toutefois la prolongation des discussions pour une durée de 28 jours.
Le Royaume-Uni a renforcé la pression en brandissant la menace d’un veto. «Nous avons bien fait savoir que nous avions des points non négociables touchant à la fusion EADS-BAE et que si on ne pouvait pas y répondre de manière satisfaisante, alors nous userions de notre action spécifique pour opposer notre veto à l’opération», a déclaré hier Philip Hammond, le secrétaire britannique à la Défense, à la BBC. Cette action spécifique ou «golden share» empêche un actionnaire de détenir plus de 15% du capital.
Outre la sécurité nationale, les emplois et l’investissement au Royaume-Uni, Londres s’inquiète des velléités française et britannique. «Il n’est pas nécessaire qu’il n’y ait aucun intérêt français ou allemand dans la société mais il est nécessaire de ramener ces intérêts en deçà du niveau à partir duquel ils peuvent contrôler ou influer la manière dont la société se comporte», a estimé Philip Hammond.
Ces divergences se sont cristallisées lors d’une vidéoconférence entre conseillers français, allemands et britanniques vendredi. Selon Der Spiegel, la France, qui verrait sa participation tomber sous les 9%, aurait accepté verbalement le principe de renoncer à tout achat de titres supplémentaires après la fusion. Mais elle refuserait de s’y engager par écrit. Par ailleurs, la demande faite par les négociateurs allemands de baser le siège social de l’entité fusionnée à Munich aurait été fermement repoussée par les représentants français et britanniques.
Côté industriel, EADS, qui souhaite une intervention minimale de la sphère publique, a fait état de discussions «constructives» avec les Etats. Quant aux investisseurs, ils ne cachent pas leur frustration devant la tournure des négociations, a rapporté le Sunday Telegraph, mentionnant l’exaspération de deux actionnaires de poids de BAE.
Selon le Financial Times, Invesco Perpetual, principal actionnaire de BAE avec 13% du capital, devrait annoncer aujourd’hui ses «importantes réserves» concernant la fusion, expliquant ne pas comprendre «la logique stratégique» derrière le projet.
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Paris - Pendant que le débat enfle sur l’opportunité de taxer les «superprofits» pétroliers liés à la guerre au Moyen-Orient, TotalEnergies prévient les politiques: en cas de taxes, il ne pourra «pas maintenir» son plafonnement du prix des carburants dans ses station-service françaises. Le PDG du groupe TotalEnergies Patrick Pouyanné, connu pour ses paroles directes, a fait cet avertissement mardi dans une interview donnée à Sud Ouest et à La République des Pyrénées. «En cas de surtaxe sur nos raffineries, qui sont par ailleurs souvent déficitaires, dans ce cas nous ne pourrons pas maintenir le plafonnement [des prix] dans nos stations en France», a indiqué le patron, accusé par la gauche de profiter de la guerre. «TotalEnergies ne va pas non plus s’excuser de performer et de réussir dans son domaine (...) Il n’y a aucune honte, cela signifie que l’entreprise fonctionne bien», a souligné le dirigeant. Les bénéfices exceptionnels réalisés par TotalEnergies grâce à la flambée du prix des hydrocarbures dans le sillage de la guerre au Moyen-Orient ont relancé le débat politique sur l’opportunité d’une taxe spécifique, objet de propositions de loi à gauche, face à un gouvernement plutôt enclin à laisser le pétrolier «redistribuer» cet argent comme il l’entend. Le groupe a annoncé jeudi, au lendemain de ses résultats trimestriels, qu’il maintenait «le niveau des plafonnements en vigueur depuis le 8 avril (essence à 1,99 euro/L et gazole à 2,25 euros/L) (...) pour le mois de mai» dans ses 3.300 station-services, une initiative qu’il poursuivra «tant que la crise au Moyen-Orient durera». En place depuis février 2023, pour atténuer les prix élevés à la pompe en pleine crise énergétique liée à la guerre en Ukraine, cette initiative leur avaient coûté «entre 400 et 500 millions de dollars» cette année-là. Mais le Premier ministre Sébastien Lecornu a aussi encouragé TotalEnergies à un plafonnement encore plus «généreux» des prix à la pompe», selon des déclarations rapportées par la Tribune Dimanche. «Est-ce qu’on demande à Total d’en faire plus? Oui», a déclaré mardi le Premier ministre Sébastien Lecornu lors des questions au gouvernement, tout en s’insurgeant contre «des mensonges et des contrevérités» qui circulent sur le groupe. «Total paye déjà des impôts», à hauteur de «2 milliards d’euros de prélèvements obligatoires» en France, a indiqué M. Lecornu, rappelant aussi que La France était le «seul» pays où TotalEnergies plafonnait ses prix. Le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau avait quant à lui affirmé lundi que s’il fallait taxer les «surprofits» des groupes énergétiques, cette mesure devrait être ciblée et «temporaire». «Pas de pénurie» cet été TotalEnergies a annoncé le 29 avril de juteux bénéfices de 5,8 milliards de dollars au premier trimestre (4,96 milliards d’euros), soit une hausse de 51% sur un an et un doublement par rapport au 4e trimestre 2025. En conséquence, le PDG a précisé qu’il était «fort probable» que son groupe soit éligible en 2026 à la surtaxe sur les grandes entreprises, en raison des marges exceptionnelles de son activité de raffinage depuis le début de la guerre. Cette contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises, mise en place par le gouvernement en 2025 et reconduite pour l’année 2026, s’applique aux entreprises ayant un chiffre d’affaires d’au moins 1,5 milliard d’euros. Mais le groupe, qui empoche l’essentiel de ses bénéfices à l’international, n’y était pas soumis au titre de l’année 2025 car son activité de raffinage était déficitaire en France. Le PDG est aussi revenu sur ses propos très commentés de fin avril, y compris par Emmanuel Macron, sur une «ère de pénurie énergétique» si le blocage du détroit d’Ormuz par Téhéran durait encore «deux ou trois mois». «Je n’ai jamais parlé de pénurie en France parce que justement nous saurons l’approvisionner», a-t-il rectifié, interrogé sur une éventuelle crise d’approvisionnement estivale. «Il n’y aura pas de pénurie, mais cela aura un coût plus élevé», puisque «nous devrons acheminer des carburants en concurrence avec l’Asie vers la France, donc en payant plus cher», a-t-il tempéré. Selon le PDG, la consommation de carburants a reculé de 15% en France au mois d’avril. Nathalie ALONSO © Agence France-Presse