Bénéficier d’un crédit d’impôt pour les dividendes d’une filiale étrangère, c’est possible !
Lorsqu’une filiale étrangère distribue des dividendes à sa société mère française, une retenue à la source peut être prélevée dans l’Etat de situation de la filiale. Jusqu’à il y a peu, la société mère française ne pouvait pas prétendre au bénéfice d’un crédit d’impôt si elle soumettait ces dividendes au régime mère fille.
Plus précisément, lorsqu’une société mère opte pour le régime des sociétés mères, les produits nets des participations qu’elle perçoit sont retranchés de son bénéfice net total, défalcation faite d’une quote-part forfaitaire de frais et charges de 5% du produit total des participations, crédit d’impôt compris (ou 1% sous certaines conditions), quote-part alors soumise au taux d’impôt sur les sociétés standard.
Pour les dividendes en provenance de sociétés étrangères ayant supporté une retenue à la source, les conventions d’élimination des doubles impositions prévoient souvent l’imputation sur l’impôt sur les sociétés d’un crédit d’impôt, dont le montant est toutefois plafonné au montant de l’impôt français correspondant à ces revenus.
Or, les commentaires administratifs relatifs au régime mère fille énonçaient que la réintégration de la quote-part de frais et charges dans le cadre du régime mère fille ne pouvait être considérée comme conduisant à l’imposition d’une partie des dividendes (ancien §100 al.2 du BOI-IS-BASE-10-10-20 du 12-3-2021), autrement dit, les dividendes n’étaient pas imposés. En l’absence d’imposition en France, les sociétés mères ne pouvaient prétendre au bénéfice d’un crédit d’impôt.
Bonne nouvelle
A lire aussi: Bénéficiaire effectif et holding étrangère : attention aux apparences
Saisi d’un recours pour excès de pouvoir, le Conseil d’Etat a annulé le 5 juillet dernier ces commentaires administratifs (CE 8e-3e ch. 5-7-2022 n° 463021, SA Axa).
Dans cet arrêt, la Haute juridiction précise les objets de la réintégration de la quote-part de frais et charges. Compte tenu de son caractère forfaitaire, cette réintégration vise (i) à neutraliser la déduction des charges afférentes aux titres de participation, mais également (ii) à soumettre à l’impôt sur les sociétés une fraction des dividendes lorsque le montant des frais est inférieur à cette quote-part forfaitaire.
Il s’agit d’une bonne nouvelle pour les sociétés : le Conseil d’Etat reconnait que l’imposition de la quote-part de frais et charges peut conduire à imposer une fraction des dividendes, ce qui ouvre la voie à l’imputation d’un crédit d’impôt sur l’impôt sur les sociétés de la société mère.
Notons que cet arrêt s’inscrit dans le sillon d’un autre arrêt, plus vieux seulement de quelques mois, relatif à la quote-part de plus-values sur titres de participation et dans lequel le juge a conclu sans ambiguïté à la possibilité d’imputer un crédit d’impôt étranger sur l’impôt relatif à cette quote-part (CE 8e-3e ch. 15-11-2021 n° 454105, SA l’Air Liquide).
La portée pratique de l’arrêt Axa, relatif aux dividendes, est cependant plus incertaine.
Questions en suspens
La rédaction de l’arrêt soulève certaines questions : le crédit d’impôt serait-il limité à l’impôt calculé sur la différence entre la quote-part de frais et charges et certaines charges réelles ? Le cas échéant, quelle serait leur nature et sur quelle période les prendre en compte ?
Ces questions trouveront, nous l’appelons de nos vœux, des réponses prochainement.
L’examen du pourvoi formé contre un arrêt rendu par la cour administrative d’appel de Lyon (CAA Lyon 27-1-2022 n° 20LY00698, SCS A. Raymond et Cie) pourrait en effet permettre au juge de cassation d’apporter des précisions. Dans cet arrêt, la Cour analysait la soumission à l’impôt sur les sociétés de la quote-part, fixée forfaitairement, comme une modalité d’imposition de l’ensemble de ces revenus, sans opérer de distinction selon le montant des frais réels liés aux dividendes. Elle reconnaissait ainsi à la société française le droit d’imputer un crédit d’impôt conformément à la convention applicable.
En toute hypothèse, et même si l’arrêt Axa du Conseil d’Etat laisse subsister quelques zones d’ombre, le principe d’une taxation des dividendes soumis au régime mère fille semble désormais être acquis.
A la suite de l’arrêt Axa, afin de préserver leurs droits sur les dividendes 2019, certaines sociétés mères ont d’ailleurs adressé à l’administration fiscale des réclamations contentieuses tendant à l’obtention d’un dégrèvement d’impôt sur les sociétés.
Pour les autres groupes préférant attendre des précisions du Conseil d’Etat pour tirer les conséquences de cet arrêt, nous ne pouvons que leur conseiller de s’aménager dès maintenant des preuves qui pourront leur permettre de prétendre au bénéfice d’un tel crédit d’impôt (ex. attestation de résidence de la filiale ou preuve de l’assujettissement à l’impôt de la filiale localement et certificat de retenue à la source prélevée localement).
En toute hypothèse, il convient de garder en mémoire le délai du 31 décembre 2023 pour procéder à des réclamations contentieuses afin de demander le dégrèvement de l’impôt sur les sociétés correspondant aux dividendes versés au titre des exercices 2020 (IS payé en 2021).
Plus d'articles du même thème
-
Les angles morts de la Contribution sociale de solidarité des sociétés
Exigible au 15 mai prochain, la C3S (ou Contribution sociale de solidarité des sociétés) reste souvent perçue comme une imposition marginale. Pourtant, c'est loin d'être le cas. Car des montants atteignant des centaines de milliers d’euros peuvent se retrouver en jeu. -
Le Parlement change de braquet contre la fraude fiscale
Un accord trouvé en commission mixte paritaire ouvre la voie à un arsenal renforcé contre la fraude fiscale, et élargit les obligations déclaratives en matière de lutte anti-blanchiment à de nouveaux acteurs. -
Bercy ajoute le Vietnam à la liste des Etats non coopératifs en matière fiscale
A contrario, les Fidji, les Samoa et Trinité-et-Tobago quittent cette liste.
ETF à la Une
State Street IM et Ninety One s'associent pour lancer des ETF actifs
- La Société Générale écope d’une amende de 20 millions d'euros pour défaut de conseil en assurance et vente systématique
- Anne Hiebler (CACIB) : «Le M&A est un métier très exigeant qui nécessite un important engagement personnel»
- Eric Larchevêque fait machine arrière sur son projet de «bitcoin treasury company»
- Allianz déçoit les attentes en vie-santé
- Indosuez Wealth écope d'une amende de plus de 13 millions d'euros en Espagne
Contenu de nos partenaires
-
A la loupeChômage, télétravail, productivité : les résultats contrastés du macronisme
Le chômage augmente mais la Banque de France analyse comment le chômage structurel, lui, a diminué depuis 2015 sous l'effet des réformes menées par Emmanuel Macron -
Avec la relance des relations Alger-Paris, l'espoir d'une libération prochaine de Christophe Gleizes
Au retour de sa visite à Alger, Gérald Darmanin est resté discret sur le cas du journaliste français emprisonné. Christophe Gleizes a renoncé à son pourvoi en cassation et mise sur une grâce présidentielle. Ses conditions de détention se sont améliorées ces derniers mois. -
Mémoire vivePrésidentielle : l'Algérie, champ de bataille pour 2027
Immigration, sécurité, narcotrafic, « devoir de mémoire » contre « rente mémorielle » : autant de sujets centraux de la campagne qui pourraient se cristalliser sur le cas algérien