Les distributeurs sont confrontés à une nouvelle menace sur leurs marges

Comme ses confrères Ahold ou Delhaize, Carrefour devrait annoncer jeudi une érosion de sa rentabilité sous l’effet d’un tassement des ventes
Olivier Pinaud
rayon alimentaire dans un supermarché Ahold. Photo: Bloomberg News
rayon alimentaire dans un supermarché Ahold. Photo: Bloomberg News  - 

Le belge Delhaize et le néerlandais Ahold ont donné le ton la semaine dernière. Les prochains mois s’annoncent particulièrement exigeants pour les grands groupes de distribution, dont les capacités d’adaptation au ralentissement économique ont déjà été mises à l’épreuve par plusieurs mois de crise. «Nous nous attendons à un maintien de la pression sur les marges en raison de la faiblesse de la consommation, d’une concurrence vive, car la seule façon de protéger son chiffre d’affaires est de gagner des parts de marché, et enfin de réductions de coûts limitées, les gains les plus faciles ayant déjà été réalisés au cours des dernières années», estiment ainsi les analystes de Cheuvreux.

Pour la majorité des distributeurs européens, la croissance organique du chiffre d’affaires est en effet aujourd’hui inférieure à l’inflation naturelle de leurs coûts (loyers, énergie…). Toute nouvelle dégradation de leurs ventes aurait un impact négatif immédiat sur leurs marges. Dans le modèle économique des distributeurs, les coûts fixes représentent 80% à 90% de leur chiffre d’affaires. Le néerlandais Ahold, dont le chiffre d’affaires n’a progressé que de 0,8% au premier semestre aux Pays-Bas, a ainsi vu sa marge d’exploitation céder 0,4 point à 5,7% dans ce pays touché par la récession.

Carrefour, qui publiera ses comptes semestriels jeudi matin, pourrait annoncer une contraction de 0,5 point de sa marge d’exploitation consolidée à 4,1%, selon les projections de Cheuvreux. Le distributeur français pourrait lancer un programme de réduction de sa base de coûts, notamment via une baisse de ses effectifs de direction. Mais comme le rappellent les analystes de Natixis, l’impact des baisses de charges «est souvent nul sur les marges étant donné l’inflation naturelle des coûts».

Sans compter qu’une menace supplémentaire s’est révélée ces derniers jours avec la hausse des prix de certains produits alimentaires, suite à la sécheresse aux Etats-Unis et en Russie. La concurrence à laquelle les distributeurs se livrent pour limiter les effets de la crise pourrait les empêcher de répercuter ces hausses de coûts sur le ticket du consommateur. Et s’ils venaient à trop augmenter leurs prix, cela pourrait immédiatement se traduire par une baisse de la fréquentation et du chiffre d’affaires de leurs magasins.

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