Les deux ans qui ont lancé CMA CGM dans la cour des grands
Un nouveau géant du capitalisme français, né des cendres du Covid-19. En moins de trois ans, l’armateur CMA CGM est devenu un acteur de poids de l’économie hexagonale. Une trajectoire qui n’avait pourtant rien d’évident. Au bord de la faillite en 2009, le groupe, détenu à 73% par la famille Saadé, et notamment par Rodolphe, président-directeur général et fils du fondateur, affichait encore une perte nette de plus de 100 millions de dollars au quatrième trimestre 2019.
Depuis, la désorganisation des chaînes d’approvisionnement due à la pandémie a permis au géant mondial de la logistique de s’offrir une vraie renaissance. Son profit net a explosé, pour atteindre 17,9 milliards de dollars en 2021, un record qui sera, sauf énorme surprise, pulvérisé en 2022. Sur les neuf premiers mois de l’année, le groupe marseillais affiche déjà 21,8 milliards de dollars de bénéfices.
Des ressources quasi inespérées, que Rodolphe Saadé s’est empressé de mettre à profit. En investissant tous azimuts. Début 2022, le groupe a acquis un terminal portuaire américain pour 2,1 milliards de dollars – et deux autres moins d’un an plus tard –, le pôle Commerce & Lifecycle Services (CLS) d’Ingram Micro pour 3 milliards, mais aussi 51% de Colis Privé pour 600 millions d’euros, doublant au passage le Spac Dee Tech, qui comptait fusionner avec l’entreprise pour la mettre en Bourse. En juillet, il a finalisé l’acquisition du spécialiste de la logistique automobile Gefco.
Diversification
En annonçant une prise de participation de 9% dans Air France-KLM à l’occasion de l’augmentation de capital de la compagnie aérienne en mai dernier, CMA CGM a mis un premier vrai pied en dehors du secteur de la logistique, même si l’investissement est doublé d’un partenariat dans le fret aérien. Une tendance confirmée par la décision de l’armateur de prendre 5% d’Eutelsat en août dernier, puis par l’annonce trois mois plus tard d’un rapprochement avec l’Olympique de Marseille, dont le groupe sera le «prochain partenaire principal». A cette diversification footballistique s’est ajouté, en décembre, l’achat de 5% du capital de la chaîne de télévision M6. Fin décembre, l’entreprise a aussi indiqué qu’elle pourrait poursuivre ses achats de titres Eutelsat. Le début d’un mouvement de plus grande ampleur dans les médias de la part de Rodolphe Saadé, qui a déjà mis la main sur le journal La Provence ? Il ne serait pas le premier homme d’affaires français à s’y risquer.
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