CMA CGM subtilise Colis Privé au Spac Dee Tech
Dans le milieu des affaires, la signature d’une exclusivité entre l’acheteur et le vendeur d’une entreprise s’avère plus souvent être une formalité qu’un moment propice aux retournements de situation. C’est pourtant bel et bien ce deuxième scénario qui est venu ébranler le rapprochement du spécialiste de la livraison de colis à domicile Colis Privé, filiale du groupe Hopps, avec le Spac Dee Tech.
Le 28 janvier, un communiqué de presse est venu préciser que Dee Tech et Colis Privé «ont décidé de mettre fin à leur projet de rapprochement annoncé le 24 novembre 2021, en l’absence d’accord sur les modalités de mise en œuvre d’un projet industriel commun». Une déclaration policée suivie trois jours plus tard par une communication de CMA CGM, qui a signé une promesse d’acquisition de Colis Privé, sur la base d’une valorisation supérieure aux 550 millions d’euros hors dette proposés par le Spac. Selon nos informations, le prix se situerait à près de 590 millions d’euros.
Les ambitions de CMA CGM
L’armateur marseillais, numéro trois mondial du secteur des porte-conteneurs, vise ainsi une prise de participation de 51 % de la filiale de Hopps, toujours dirigé par Frédéric Pons et Eric Paumier. Amazon, premier client de Colis Privé et un temps candidat au rachat de l’entreprise tricolore, conserve quant à lui plus de 10 % des parts. Il figure au capital de l’entité depuis près de dix ans. CMA CGM prévoit cependant la possibilité de faire grimper sa participation dans les années à venir.
«La prise de participation majoritaire dans Colis Privé est une étape importante de la stratégie de développement de notre activité logistique. Cette opération nous permettra de proposer des solutions logistiques maîtrisées de bout en bout auprès de nos clients e-commerce pour qui le dernier kilomètre est une étape critique», a souligné Rodolphe Saadé, PDG de l’armateur.
En 2019, CMA CGM s’était déjà renforcé dans la logistique en rachetant Ceva Logistics. Ce rapprochement lui avait offert l’opportunité d’endosser le costume de numéro cinq mondial de la gestion d’entrepôts. En fin d’année dernière, il a aussi jeté son dévolu sur la division Commerce & Lifecycle Services (CLS) d’Ingram Micro. Un portefeuille comprenant une plateforme technologique logistique dans le cloud, ainsi que les activités de logistique de l’entreprise en Amérique du Nord, en Europe, en Amérique latine et en Asie-Pacifique. La transaction s’était élevée à 3 milliards de dollars (2,65 milliards d’euros).
Avec Colis Privé, le groupe marseillais accède directement aux consommateurs. La pépite du groupe Hopps s’appuie sur un modèle de plateforme faisant d’elle un «Uber» de la livraison, contrairement à son principal concurrent, Colissimo. Un modèle basé sur des prestataires sous-traitants lui permettant de servir un portefeuille de clients composé de plus de 200 acteurs du e-commerce (Veepee, DHL, H&M, Alibaba…). L’an dernier, il a dégagé un résultat d’exploitation (Ebitda) de 27 millions d’euros, contre 22 millions un an plus tôt. En parallèle, son chiffre d’affaires a bondi de 15 % en 2021, à 270 millions d’euros.
L’avenir de Dee Tech en question
Pris au dépourvu, Dee Tech va devoir rebondir. La rupture des négociations exclusives a toutefois permis au Spac d’obtenir, au forceps, une indemnité transactionnelle de 8,5 millions d’euros. Les équipes travaillaient sur ce rapprochement depuis six mois.
La coquille vide cotée en Bourse pour mener une acquisition vise désormais une opération de plus grande envergure, jusqu’à un milliard d’euros de valorisation. «Nous ne serons peut-être pas le premier Spac à despacker [Ndlr, lorsqu’un Spac, société sans activité, achète une vraie entreprise], mais nous travaillons quotidiennement pour trouver une nouvelle opportunité», confie un membre du véhicule d’investissement.
Dee Tech est accompagné par les entrepreneurs du numérique et investisseurs Marc Menasé (DG) et Michaël Benabou (président), du banquier d’affaires Charles-Hubert de Chaudenay (censeur), de la MACSF et d’Idi. Il conserve sa vocation à faire émerger un leader du digital et/ou de l’e-commerce en Europe ou en Israël. Peu de chance toutefois de le revoir dans la logistique, le secteur ayant quelque peu perdu de son attrait aux yeux des investisseurs ces derniers mois.
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Le match serait en revanche plus serré face à un adversaire issu des rangs de la droite et du centre. En particulier Edouard Philippe, donné gagnant dans les dernières enquêtes d’opinion, aussi bien contre Mme Le Pen que M. Bardella. «La présidentielle se jouera certainement entre le RN et le bloc central, s’ils arrivent à avoir un candidat commun», insiste tout de même la triple candidate à l’Elysée, qui reconnait que «dans cette configuration, Edouard Philippe a un certain nombre de qualités mathématiques» car «il est en même temps issu de la droite, ancien Premier ministre macroniste» et «il plaît à la gauche, en tout cas il ne la dérange pas». Pas envie de «facilité» Si sa préférence va donc à un affrontement contre celui qu’elle qualifie de «candidat du parti unique» et d’incarnation de «l’extinction du clivage droite-gauche», Mme Le Pen souligne que dans ce scénario, «il y a une condition sine qua non, c’est qu’ils arrivent à ne pas être quinze sur la ligne de départ». Dans le cas contraire, «le risque que Jean-Luc Mélenchon s’appuie sur un socle qui est plus fiable que le bloc central est réel», ajoute-t-elle. Mais la perspective d’une victoire dans un «front anti-LFI» ne l’enchante guère. «Je ne trouve pas ça extrêmement glorieux d'être élue sur la base de cet unique argument», explique-t-elle, critiquant «une forme de facilité». La critique vise notamment son autre rival déclaré, Bruno Retailleau, qui ne lui inspire aucune inquiétude. «Ce sera le Zemmour de 2027 (…) ce sera Monsieur Plus», ironise-t-elle. Son pari? Le patron des Républicains «va se radicaliser» pendant la campagne comme "à chaque fois que quelqu’un se met en concurrence avec le RN». Et si l’ex-ministre de l’Intérieur entend miser sur son expérience pour s’imposer, «tant mieux pour nous» car «son résultat à Beauvau est juste pathétique», assène-t-elle. Prête pour la bataille, la cheffe de file de l’extrême droite française est d’autant plus à l’aise que «les thèmes ont été imposés par le RN, aujourd’hui plus personne ne peut faire campagne sans parler d’immigration ni de sécurité, c’est une victoire idéologique qui est acquise». Avec «la question évidemment absolument essentielle du pouvoir d’achat», et «le sujet des finances publiques qui va certainement s’inviter», les grandes lignes de la confrontation sont tracées. Reste à trouver comment «dessiner dans l’esprit des Français ce que peut être la France sans l’ensemble de ces fils qui l’entravent et de ces maux qui la frappent». «La décision sera simple» Le parti n’en est pas encore là, même s’il «prépare sa campagne». Un premier séminaire mi-avril a permis d’identifier de premiers points sensibles, notamment la sécurité de son candidat «qui est une vraie préoccupation, parce que l’extrême gauche est de plus en plus brutale et violente». «Personne n’a jamais empêché un meeting de Mélenchon (…) il n’y a jamais de contre-manifestation contre un meeting de la France Insoumise, ça n’est jamais arrivé, ça n’existe pas», insiste-t-elle, dénonçant aussi bien «une impunité de la part des pouvoirs publics» qu’une «compréhension coupable de la part de la presse» qui s’en fait l'écho. D’autres réunions internes seront par ailleurs nécessaires pour finaliser le programme. «On va maintenant se voir extrêmement régulièrement, avec Jordan Bardella et nos équipes rapprochées pour commencer les arbitrages sur le projet présidentiel, qui a déjà beaucoup avancé», indique-t-elle. Mais l’essentiel reste suspendu à la décision de la cour d’appel de Paris, qui décidera le 7 juillet du sort de Marine Le Pen et pourrait confirmer son inéligibilité, voire lui imposer en plus le port d’un bracelet électronique. «Si les juges ne m’en empêchent pas, je serai candidate», assure-t-elle. A l’inverse, «si je ne peux pas être candidate ou si je ne peux pas faire campagne, ça revient au même», dit celle qui cèderait alors la place à son «binôme» Jordan Bardella. Sans état d'âme: «La décision sera simple (...) parce qu’en fait c’est assez binaire». Gabriel BOUROVITCH © Agence France-Presse