Les défaillances d’entreprises au plus bas depuis 30 ans
La pandémie de Covid-19 a-t-elle entraîné la destruction massive d’entreprises tant attendue par nombre d’économistes ? A cette question, l’étude d’Altarès portant sur le troisième trimestre est contre-intuitive et sans équivoque : les défaillances d’entreprises n’ont jamais été aussi basses. Les tribunaux de commerce n’ont prononcé que 24.000 ouvertures de procédures collectives depuis le début de l’année. Chiffre s’élevant à 37.500 cas sur douze mois glissants à fin septembre. Des données aussi basses n’avaient pas été observées depuis plus de trente ans, alors que le PIB français reste encore 5% inférieur à son niveau d’avant pandémie. En 2008, la crise financière avait a contrario généré un nombre record de défaillances, à 55.000.
L’explication de ce faible niveau de procédures tient avant tout à la «main visible» de l’Etat. Prêts garantis (PGE), chômage partiel, report de cotisation et aménagement des règles de cessation de paiement ont contribué à abaisser artificiellement les défaillances, avec cependant des effets pervers de plus en plus visibles. «Depuis le discours des ordonnances prises en application de la loi d’urgence pour faire face à l’épidémie, les dirigeants sont devenus les seuls à pouvoir prendre la décision d’aller devant le tribunal de commerce. Mais ce message a été néfaste, car de nombreux dirigeants n’ont pas pris la mesure de l’urgence et ont préféré attendre, dégradant de facto la situation de leur entreprise», explique Thierry Millon, directeur des études Altares. Conséquence, la proportion de casse est en nette hausse. Trois quarts des entreprises en procédure ont fait l’objet d’une liquidation judiciaire au cours du troisième trimestre, contre 68,4% à l’été 2019.
«Au troisième trimestre, 5.081 liquidations ont été décidées, soit 2.000 de moins qu’un an plus tôt. Mais cette apparente bonne performance n’en est pas une car il n’y a eu que très peu d’assignations de la part des créanciers, et en premier lieu de l’Urssaf. Ces derniers sont habituellement à l’origine de 30 à 40 % des assignations à comparaître devant les tribunaux», détaille Thierry Millon. En prenant en compte les moratoires sur les assignations, les 5.081 liquidations de ce dernier trimestre sont donc à comparer aux 4.600 observées un an plus tôt, soit une augmentation de la sinistralité de plus de 9%. Et les difficultés devraient s’accroître au quatrième trimestre, mais aussi et surtout au premier semestre 2021. Les PGE, dont la plupart des premières échéances sont attendues au printemps, pourraient alimenter la tendance.
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