Les défaillances d’entreprises s’annoncent durablement élevées
L’intervention massive des banques centrales et les soutiens budgétaires historiques engagés par les Etats ont permis d’amortir le choc de la crise du coronavirus mais n’évitent pas une vague de défauts. A fin juin, ils avaient atteint leur plus haut niveau dans le high yield (HY) dans le monde, à 5,4%, selon Moody’s. «Le taux de défaut mondial se situe désormais à son plus haut niveau depuis une décennie alors que le ralentissement économique provoqué par le coronavirus a durement affecté les résultats des entreprises et pesé sur les conditions de marché», expliquent les analystes de Moody’s. La courbe ascendante des défauts s’est poursuivie en juillet avec désormais un total de 152 défauts au niveau mondial (au 5 août), selon le décompte réalisé par S&P, dont près de 100 aux Etats-Unis et 20 en Europe (15 à la même époque en 2009 et 40% d’émetteurs britanniques). Le taux des défauts s’élève à 5,9% aux Etats-Unis et à 3,5% en Europe. Et la tendance est identique sur les obligations HY et les leveraged loans. Depuis le début de l’année, à fin juillet, les analystes de Fitch ont comptabilisé 41,1 milliards de dollars de dette en défaut sur le HY américain (39,5 milliards en 2009) et 32,2 milliards sur le marché des loans (21 milliards en 2009).
«Malgré les importantes mesures de soutien de la liquidité, certains des secteurs les plus affectés sont confrontés à une hausse du risque de défaut car leur modèle économique, leur génération de ‘cash flow’ et leur structure de bilan ont plié sous le stress», estiment les analystes de S&P. Les secteurs les plus touchés ont été le pétrole et le gaz, la distribution, les loisirs et les produits de consommation (Valaris, Chesapeake Energy, Revlon, Chinos Intermediate – J Crew Group ou Neiman Marcus).
Pire que 2009 en Europe
En Europe, le nombre de défauts devrait dépasser le précédent record de 2009 (22) cette année, selon S&P qui anticipe un taux de défaut de 8,5%. Moody’s prévoit un taux de défaut de 9,3% en fin d’année et un pic de 9,6% au premier trimestre 2021 dans le monde avant qu’il ne reflue à 8,3% en juin 2021 (moyenne de long terme de 4,1%). Les stratégistes crédit de Goldman Sachs ont récemment revu leur prévision de défauts à 10,5% cette année (contre 13%) car le rythme actuel de hausse des défaillances ne reflète pas la situation macroéconomique qui devrait entraîner une baisse dans les prochains mois. Deutsche Bank avait également revu en baisse sa prévision à 9% pour le HY et les loans américains (contre 11% auparavant) et 4% pour le HY européen (contre 7%).
Pour les stratégistes de Goldman Sachs la persistance du cycle de défauts en 2021 va avant tout dépendre de l’ampleur des dommages causés par l’arrêt brutal d’activité sur l’économie et de la vitesse de reprise des secteurs les plus affectés. A moyen terme, cette situation pourrait même provoquer une hausse durable du taux de défaut en raison de la forte progression de l’endettement. «Si les résultats ne se reprennent pas pour faire face à ces niveaux de dette plus élevés dans les prochains trimestres et années, nous ne pouvons exclure que des entreprises ayant évité un défaut ou une restructuration à court terme doivent dans un deuxième temps probablement conclure un accord avec leurs créanciers», estime Deutsche Bank.
Plus d'articles du même thème
-
L’OCDE revoit à la marge ses prévisions mais craint un conflit long au Moyen-Orient
L’institution anticipe désormais une croissance de 2,8% cette année avec une forte hausse de l’inflation, dans son scénario central d’une résolution rapide du conflit. S’il dure, la croissance pourrait chuter à des niveaux observés pendant les crises majeures. -
Nordea AM lance son premier fonds systématique obligataire
La stratégie est notamment gérée par Lucette Yvernault et Marton Huebler, qui sont arrivés en octobre dernier. -
Invesco dévoile deux nouveaux ETF actifs Ucits
Les deux stratégies sont exposées aux marchés des obligations d’entreprise investment grade.
ETF à la Une
WisdomTree commercialise WDIG pour investir dans les métaux stratégiques clés
- LCL détaille les promesses de son plan stratégique sans parvenir à emballer
- Chez Ardian, une succession au long cours qui n’ose pas dire son nom
- Avec BMW, Airbus et EDF, Mistral AI se déploie dans l’ingénierie industrielle
- Le corpus réglementaire de lutte contre le blanchiment change le paradigme des institutions financières
- TotalEnergies pourrait doublement profiter de la guerre au Moyen-Orient
Contenu de nos partenaires
-
Les Etats-Unis veulent instaurer de nouveaux droits de douane, au nom de la lutte contre le travail forcé
Désavouée par la justice, l'administration Trump souhaite imposer de nouveaux droits de douane de 10 à 12,5 % à une soixantaine de partenaires commerciaux, dont l'Union européenne. Washington leur reproche de ne pas s'attaquer au problème du travail forcé -
Market logicPlacements : ignorez le bruit des tarifs douaniers, les valeurs boursières le feront
Rien n’influence davantage les marchés actions que les surprises. Or, la terreur des tarifs douaniers a perdu son effet de surprise, quoi que décide Donald Trump à l’avenir -
Chevauchée des WalkyriesLes hélicos français s’adaptent aux nouvelles guerres, voici comment
Les hélicoptères sont apparus comme des proies faciles en Ukraine. La révolution des drones leur ouvre un nouveau champ des possibles, pour taper plus loin et plus fort