Les créanciers de Camaïeu prennent le pouvoir
Camaïeu remet les compteurs à zéro. Pénalisé par une dette LBO devenue intenable malgré sa division par deux en 2016, le groupe de prêt-à-porter est désormais libéré de ce fardeau. Modacin, la société mère de Camaïeu, a annoncé hier la signature, le 19 décembre, d’un accord de restructuration entre ses actionnaires, réunis dans Fashion Holding Luxembourg (FHL), et ses créanciers seniors.
L’accord prévoit la conversion en capital de l’intégralité de la dette financière résiduelle de Modacin, soit 459 millions d’euros. Les créanciers seniors, emmenés par CVC, Farallon et Carval Investors, détiendront 100% du capital et des droits de vote. L’accord prévoit en parallèle l’apport par les nouveaux actionnaires d’une new money, pour un montant compris entre 35 et 45 millions d’euros.
Exit donc les anciens actionnaires de référence du LBO, les fonds Polygon, Cinven et Boussard & Gavaudan, ainsi que d’autres, comme Centerbridge et Barclays, qui étaient entrés au tour de table, dans la foulée de la restructuration de la dette en 2016.
Ces derniers mois, bien que toujours positif, la dégradation des résultats de Camaïeu avait fait naître de vives tensions entre actionnaires et créanciers. Pour contrer la mise en œuvre de la fiducie au bénéfice des détenteurs de dette prévue en 2016, l’Ebitda annualisé étant tombé à 60 millions d’euros, soit en dessous de la barre fatidique des 75 millions d’euros, les actionnaires de Modacin avaient placé la société en sauvegarde le 15 octobre auprès du tribunal de commerce de Lille. Les créanciers menaçaient de saisir la justice pour faire valoir leurs droits.
«Outre le danger opérationnel qu’un contentieux faisait peser pour Camaïeu, l’usage de la sauvegarde pour contrer la mise en œuvre de la fiducie était vu d’un mauvais œil par le Comité interministériel de restructuration industriel (Ciri) et la Chancellerie», explique une source proche des discussions. L’Etat craignait que cela fragilise le régime de la fiducie, très utilisé, y compris par l’Etat lui-même, dans les dossiers de restructuration pour protéger les créanciers. «Les actionnaires de Camaïeu se sont progressivement désolidarisés de Polygon qui était le principal partisan de la sauvegarde, permettant ainsi la signature d’un accord mettant en œuvre la fiducie de 2016», décrypte cette source.
En parallèle de cet accord, «la gouvernance est aménagée pour assurer la stabilité du groupe», indique Modacin. Le nouveau conseil d’administration est composé d’experts du secteur et d’administrateurs indépendants.
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