Les bénéfices des groupes européens résistent au Covid
La fin de l’année 2020 entretient les espoirs de reprise de l'économie. A mi-parcours de la saison des résultats des entreprises cotées en Europe, le bilan provisoire est en effet bien plus favorable que prévu. Au niveau des bénéfices par action (BPA), «60% des sociétés ont battu le consensus des analystes au quatrième trimestre 2020, tandis que 18% l’ont manqué», soulignent les stratégistes de Morgan Stanley, en précisant que la première catégorie dépassait de 43% la seconde. Cette performance «est en passe de faire du trimestre écoulé le meilleur depuis 2007 sur ce critère», ajoutent-ils. Les valeurs de rendement (value) ont jusqu’à présent battu de 27% le consensus, contre un écart de 10% pour les valeurs de croissance.
Depuis janvier 2020, la pandémie avait certes entraîné une révision à la baisse des prévisions de bénéficesatteignant 40% pour l’ensemble de l’exercice écoulé, la plus grande partie de ce mouvement s’étant produit entre mars et avril. Mais le quatrième trimestre a prouvé que les sociétés étaient globalement capables de faire croître leur rentabilité en dépit de la persistance de la crise sanitaire. «L’écart entre les entreprises qui ont dépassé le consensus sur le critère des bénéfices et sur celui du chiffre d’affaires est ressorti au plus haut depuis 19 trimestres, ce qui suggère un rebond de leurs marges», constatent les stratégistes d’UBS.
Les investisseurs avaient anticipé ce phénomène. Les sociétés affichant un BPA plus élevé que le consensus n’ont en moyenne pas enregistré une hausse importante de leur cours de Bourse le jour de la publication de leurs résultats, alors que celles qui ont raté leurs prévisions ont été fortement pénalisées. «Les investisseurs tablaient sur des résultats supérieurs au consensus et les marchés boursiers ont affiché un bon parcours depuis plusieurs mois ; en conséquence, même les sociétés vertueuses n’ont pas été récompensées dans la mesure où elles ont brossé des perspectives encore floues», explique Barclays. Les messages les plus positifs ont concerné la volonté des entreprises d’accroître leurs dividendes et dans une moindre mesure de procéder à des rachats d’actions.
Levier opérationnel au plus haut
Ces bons résultats intégrés, la hausse des indices boursiers européens cette année ne devrait donc plus provenir d’une expansion des multiples de valorisation mais de la croissance des bénéfices. UBS, qui mise sur une progression de 35% des BPA dans la région, précise que cette estimation «pourrait être revue à la hausse compte tenu de l’impact des mesures budgétaires américaines et d’une appréciation moins forte de l’euro».
Cinq grands secteurs d’activité (énergie, automobile, biens d’équipement, banques et mines) devraient en outre assurer un peu moins des deux tiers de la croissance attendue des BPA en 2021. «L’augmentation moyenne du résultat d’exploitation des sociétés européennes devrait être 4,5 fois plus importante que celle de leur chiffre d’affaires», pronostique également la banque helvétique. Leur levier opérationnel atteindrait ainsi un plus haut de 18 ans, reflétant une gestion des coûts toujours très rigoureuse.
Barclays surpondère le secteur des matières premières, susceptible de bénéficier d’un «super cycle économique» favorisé par la faiblesse du billet vert, des liquidités importantes et des besoins d’investissement élevés, en particulier sur le marché chinois. Concernant l’énergie, la banque britannique note que ce secteur «arrive en tête des performances boursières depuis le début de l’année aux Etats-Unis, alors qu’il figure au troisième rang des secteurs les moins performants en Europe, région dans laquelle les critères ESG sont davantage pris en compte».
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