Les assemblées générales ne seront plus les mêmes après la saison 2020

Des AG hybrides, à la fois physiques et digitales, devraient voir le jour. La contestation des investisseurs monte, mais les sociétés corrigent vite, selon «L’Hebdo des AG».
Bruno de Roulhac
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A l’avenir, on peut s’attendre à des formats hybrides, avec une réunion physique et une assemblée en ligne en simultané.  -  photo Pixabay.

Une saison des assemblées générales 2020 inédite, marquée par une modification de la mécanique du dialogue actionnarial, selon le bilan annuel de L’Hebdo des AG. En effet, les votes se maintiennent au haut niveau de 2019, avec un say-on-pay adopté à 88% dans le CAC 40 et 87% dans le Next 80, et des administrateurs renouvelés à 88% dans le CAC 40 et 89% dans le Next 80. En revanche, le nombre de résolutions contestées (adoptées à moins de 80%) a bondi. Il est passé de 41 à 61 dans le CAC 40, et de 38 à 80 dans le Next 80. Une opposition encore plus forte, en prenant en compte le seul vote du flottant (actionnaires ne siégeant pas au conseil). Si le seul le flottant avait voté, 43 résolutions auraient été rejetées dans le CAC 40 (29 en 2019), et 71 dans le Next 80 (49 en 2019). Les contestations portent essentiellement sur les critères RSE des rémunérationsvariables jugés trop peu exigeants, et sur le cumul des mandats d’administrateurs. Peu de nouvelles têtes ont été élues cette année.

Les résolutions dissidentes sont quatre fois plus nombreuses que l’an dernier, et concernent 10 sociétés, contre 4 en 2019. «Le dialogue actionnarial est plus rapide à se dégrader, mais aussi à s’améliorer», tempère Bénédicte Hautefort, éditrice de L’Hebdo des AG. Les sociétés prennent en compte les mauvais scores et corrigent vite, mais ce ne sont pas les mêmes chaque année. Jusqu’alors la santé du dialogue actionnarial se mesurait au nombre de résolutions contestées, désormais c’est la prise en compte du flottant qui prime.

Les administrateurs salariés s’installent dans les conseils

Conséquence de la crise, chaque dirigeant a remercié publiquement ses salariés. Un geste nécessaire, mais à double tranchant. «Alors qu’une série de plans sociaux s’annonce pour la rentrée de septembre, la sincérité des dirigeants sera en jeu», ajoute Bénédicte Hautefort. D’autant que les salariés s’installent au conseil. En 2021, plus de la moitié du CAC All Tradable – soit 153 sociétés – aura un administrateur salarié. Si les plans sociaux se multiplient à la rentrée, «leur rôle pourrait bien être décisif», note L’Hebdo des AG.

Toutefois, des tensions sont apparues au grand jour, avec pour la première fois des candidats dissidents (chez Axa, Capgemini et Safran). Autre révolution, la plupart des conseils ont recommandé un vote favorable aux augmentations de capital réservées aux salariés. «Un changement qui pourrait bien annoncer la reprise des plans d’actionnariat salarié à l’automne», anticipe Bénédicte Hautefort.

Quant au ratio d’équité, qui a fait couler tant d’encre ces derniers mois, il est passé complètement inaperçu. Ce n’était vraiment pas l’urgence de cette année, d’autant que les ratios sont loin d’être comparables. Les premières analyses devraient plutôt émerger en 2021.

Du fait de l’absence de tenue physique des assemblées, l’audience a été multipliée par quatre grâce aux webcasts. En moyenne, 3.000 personnes ont suivi une AG du CAC 40 (contre 800 en physique en 2019) et 500 pour le Next 80 (contre 140), sans qu’on ait encore le détail de la typologie des personnes connectées. Avec des investisseurs anglophones connectés. Une première, généralement les investisseurs ne sont pas présents. Pour la saison 2021, «on peut s’attendre à des formats hybrides, avec une réunion physique rassemblant peu d’actionnaires, sans buffet, sans cadeau, et en simultané une assemblée digitale, rassemblant de plus en plus d’actionnaires», anticipe Bénédicte Hautefort.

Des actionnaires plus présents et actifs

Ces assemblées virtuelles ont redynamisé le dialogue. Les actionnaires posent trois fois plus de questions. Avec trois thématiques principales : le Covid-19, le climat pour les grandes sociétés et les questions financières pour les plus petites. Au-delà des questions écrites classiques, les actionnaires ont pour la première fois pu poser toutes les questions qu’ils souhaitaient, par mail ou par chat, ce qui n’est pas le cas dans les assemblées traditionnelles. «Ce dispositif va très probablement rester, et pourra servir de socle à une reprise de l’actionnariat individuel», anticipe Bénédicte Hautefort.

L’extra-financier monte en puissance. Entre les présentations et les questions RSE, les sociétés du CAC 40 y ont consacré 20 minutes (contre 6 minutes en 2019) et celles du Next 80, 14 minutes (contre 4 minutes), soit entre un quart et un tiers du temps total des assemblées. Dix sociétés ont même adopté une raison d’être dans leurs statuts, après les deux premières (Atos et Carrefour) l’an dernier.

Si la féminisation des comex ne fait pas encore l’objet d’une loi, les sociétés se sont déjà largement emparées du sujet. 21 sociétés, essentiellement les plus grandes, ont déjà publié des objectifs de féminisation des instances dirigeantes, conformément à la recommandation du code Afep-Medef.

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