Les affaires MPS et Leonardo secouent la gouvernance des entreprises en Italie
Complots florentins, messes basses et révolutions de palais : le monde de la politique et des affaires nous offre cette année encore en Italie ces rebondissements qui font le charme du pays. En cette période d’assemblées générales et de renouvellements des conseils d’administration, deux dossiers en particulier égaient le printemps des entreprises du cru : le sort du directeur général de la banque Monte dei Paschi, qui sera mis aux votes mercredi prochain, et celui du patron du groupe de défense Leonardo, déjà scellé si l’on en croit les rumeurs. Au-delà de ces deux affaires, se joue une certaine idée de la gouvernance chez nos voisins transalpins.
A Sienne, dans la plus vieille banque du monde, Luigi Lovaglio est en guerre ouverte avec son conseil. Suspendu de ses fonctions fin mars, un mois seulement après avoir dévoilé au marché ses objectifs 2030, il vient d’être évincé. Son tort ? S’être fâché avec son premier actionnaire, Francesco Caltagirone, avec lequel il partage par ailleurs le triste privilège d’être visé par une enquête sur les conditions de la prise de contrôle de la banque d’affaires Mediobanca. En Italie, la pratique veut que plusieurs listes d’administrateurs, dont celle du conseil sortant, puissent être proposées au vote en assemblée générale. Les grands actionnaires, dont l’Etat, ont décidé de faire élire un proche, Fabrizio Palermo, ancien patron de la Caisse des Dépôts locale. Ayant perdu l’investiture officielle, Luigi Lovaglio s’est quant à lui enrôlé sous une étiquette dissidente, tandis que l’association italienne des gérants d’actifs présente ses propres candidats.
Cette campagne électorale prêterait à sourire si l’avenir de la troisième banque du pays n’était en jeu. Or celle-ci s’est distinguée par le passé pour sa gestion calamiteuse, qui l’a conduite à une nationalisation forcée. Luigi Lovaglio l’a remise sur les bons rails. Malgré toutes ses qualités, Fabrizio Palermo n’a jamais dirigé d’établissement de crédit d’importance systémique. La Banque centrale européenne s’est émue, en privé, qu’un néophyte puisse prendre les rênes de Monte dei Paschi au moment où celle-ci doit digérer Mediobanca. Qu’en penseront les actionnaires minoritaires ? Réponse le 15 avril.
Ceux de Leonardo ont déjà voté avec leurs pieds. L’action du concurrent de Thales a perdu 8% mardi, sur des informations de la presse transalpine. Roberto Cingolani, son administrateur délégué, ne serait pas renouvelé le 7 mai, sachant que la date limite de dépôt des listes électorales est fixée à lundi prochain. Rome, qui détient 30% du capital, a tranché. Pourtant nommé par Giorgia Meloni en 2023, l’ancien universitaire et ministre de Mario Draghi fait-il indirectement les frais du renouvellement promis par la présidente du Conseil après son référendum perdu sur la justice ? Nanti d’un bilan boursier inattaquable et d’un nouveau plan stratégique présenté il y a quelques semaines, l’homme a fait de Leonardo l’un des pivots du complexe militaro-industriel européen. Son éviction, difficile à comprendre, a même réussi à faire sortir de sa réserve l’ancêtre de tous les investisseurs activistes, Guy Wyser-Pratte !
A lire aussi : L’Italie pourrait payer les conséquences de la guerre en Iran
Plus d'articles du même thème
-
Volkswagen est à nouveau sur la sellette en matière de gouvernance
Après moins d’un an de présence au conseil de surveillance, Susanne Wiegand, ancienne dirigeante du groupe Renk, a décidé de quitter cette instance. -
Les patrons du CAC 40 ont besoin d’enrichir leurs compétences pour transformer l’entreprise
Dirigeants et administrateurs relèvent un décalage important entre les compétences du directeur général et celles nécessaires pour atteindre les objectifs stratégiques. Plus que les autres pays européens, les grandes entreprises françaises privilégient un patron issu de l’interne avec un profil très opérationnel. -
Les conseils d’administration doivent se doter de compétences IA, mais savoir aussi les intégrer
Si 25% des conseils des grandes entreprises mondiales ont désormais un spécialiste de l’intelligence artificielle qui y siège, seuls 14% ont véritablement intégré cette expertise dans leur gouvernance.
ETF à la Une
Generali Investments va lancer ses premiers ETF actifs en Europe
- Les méga-IPO sont le dernier signe avant-coureur de bulle spéculative
- La France domine toujours le classement des meilleurs masters en finance
- Le pétrole plonge après l'accord entre les Etats-Unis et l'Iran
- L’assurabilité climatique refait surface dans l’agenda politique
- Accenture ravive les craintes sur l’IA et enfonce Capgemini dans le rouge
Contenu de nos partenaires
-
Tribune libreFrance–Afrique : la fin du pré carré ?
Lors du sommet Afrique-France « Africa Forward » à Nairobi en mai dernier, le président Macron a affirmé que l’ère du pré carré français en Afrique était terminée, « depuis 2017 c’est fini », s’attribuant en quelque sorte cet état de fait. -
Un train de retardPourquoi les trains et réseau ferré de la SNCF sont peu adaptés aux chaleurs extrêmes
La vague de chaleur qui s’abat sur la France met en lumière l’inadaptation d’une partie du réseau ferré, dont la régénération est au cœur d’une future loi-cadre qui peine à être examinée. -
Tribune libreAnthropic, Starlink... : la souveraineté, c’est la règle, pas le pavillon
Depuis Bodin, la souveraineté désigne moins l’autosuffisance que la capacité de fixer la loi et de la faire respecter