Les affaires MPS et Leonardo secouent la gouvernance des entreprises en Italie

L'éviction annoncée des patrons de Monte dei Paschi et de Leonardo met le monde des affaires en ébullition en Italie. Au-delà de ces deux cas, se joue une certaine idée de la gouvernance chez nos voisins transalpins.
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Alexandre Garabedian, directeur de la rédaction de L'Agefi  - 

Complots florentins, messes basses et révolutions de palais : le monde de la politique et des affaires nous offre cette année encore en Italie ces rebondissements qui font le charme du pays. En cette période d’assemblées générales et de renouvellements des conseils d’administration, deux dossiers en particulier égaient le printemps des entreprises du cru : le sort du directeur général de la banque Monte dei Paschi, qui sera mis aux votes mercredi prochain, et celui du patron du groupe de défense Leonardo, déjà scellé si l’on en croit les rumeurs. Au-delà de ces deux affaires, se joue une certaine idée de la gouvernance chez nos voisins transalpins.

A Sienne, dans la plus vieille banque du monde, Luigi Lovaglio est en guerre ouverte avec son conseil. Suspendu de ses fonctions fin mars, un mois seulement après avoir dévoilé au marché ses objectifs 2030, il vient d’être évincé. Son tort ? S’être fâché avec son premier actionnaire, Francesco Caltagirone, avec lequel il partage par ailleurs le triste privilège d’être visé par une enquête sur les conditions de la prise de contrôle de la banque d’affaires Mediobanca. En Italie, la pratique veut que plusieurs listes d’administrateurs, dont celle du conseil sortant, puissent être proposées au vote en assemblée générale. Les grands actionnaires, dont l’Etat, ont décidé de faire élire un proche, Fabrizio Palermo, ancien patron de la Caisse des Dépôts locale. Ayant perdu l’investiture officielle, Luigi Lovaglio s’est quant à lui enrôlé sous une étiquette dissidente, tandis que l’association italienne des gérants d’actifs présente ses propres candidats.

Cette campagne électorale prêterait à sourire si l’avenir de la troisième banque du pays n’était en jeu. Or celle-ci s’est distinguée par le passé pour sa gestion calamiteuse, qui l’a conduite à une nationalisation forcée. Luigi Lovaglio l’a remise sur les bons rails. Malgré toutes ses qualités, Fabrizio Palermo n’a jamais dirigé d’établissement de crédit d’importance systémique. La Banque centrale européenne s’est émue, en privé, qu’un néophyte puisse prendre les rênes de Monte dei Paschi au moment où celle-ci doit digérer Mediobanca. Qu’en penseront les actionnaires minoritaires ? Réponse le 15 avril.

Ceux de Leonardo ont déjà voté avec leurs pieds. L’action du concurrent de Thales a perdu 8% mardi, sur des informations de la presse transalpine. Roberto Cingolani, son administrateur délégué, ne serait pas renouvelé le 7 mai, sachant que la date limite de dépôt des listes électorales est fixée à lundi prochain. Rome, qui détient 30% du capital, a tranché. Pourtant nommé par Giorgia Meloni en 2023, l’ancien universitaire et ministre de Mario Draghi fait-il indirectement les frais du renouvellement promis par la présidente du Conseil après son référendum perdu sur la justice ? Nanti d’un bilan boursier inattaquable et d’un nouveau plan stratégique présenté il y a quelques semaines, l’homme a fait de Leonardo l’un des pivots du complexe militaro-industriel européen. Son éviction, difficile à comprendre, a même réussi à faire sortir de sa réserve l’ancêtre de tous les investisseurs activistes, Guy Wyser-Pratte !

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