Les activistes cherchent de nouvelles cibles en Europe
Né aux Etats-Unis, où il connait un nouvel élan, l’activisme actionnarial est appelé à traverser de plus en plus l’Atlantique. «L’Europe est regardée différemment» par les activistes, indiquent dans une récente étude Marcos Arana et Sahil Mahtani, analystes chez Deutsche Bank. Depuis le début de l’année, 41 investissements activistes ont été recensés en Europe, contre près de 450 aux Etats-Unis.
Mais, selon les analystes, la reprise progressive en Europe, le poids des actionnaires étrangers au capital des groupes du Vieux continent, la recherche de rendement qui pousse les investisseurs vers des voies alternatives, et la concurrence entre activistes aux Etats-Unis, vont faire de l’Europe un terrain de jeu de plus en plus prisé.
L’implication de plus en plus forte des gérants d’actifs «classiques» constitue un terreau fertile pour la montée de l’activisme en Europe. Deutsche Bank note ainsi que 12 des 20 plus grands actionnaires d’AstraZeneca ont exprimé leur opinion sur le projet de rachat de Pfizer. Ces gérants voient souvent d’un bon œil l’arrivée d’investisseurs susceptibles de bousculer l’ordre établi. Inversement, les activistes ont l’habitude de s’appuyer sur des institutionnels pour analyser les dossiers et trouver l’angle d’attaque. Si la gouvernance constitue toujours le premier combat des activistes, l’optimisation du bilan et l’efficacité opérationnelle font partie des revendications montantes.
Pour autant, Deutsche Bank reconnaît la spécificité de l’Europe. L’agressivité suivie par de nombreux activistes américains a peu de chance de fonctionner sur le Vieux Continent, comme le montrent les échecs de la campagne de Sandell contre le britannique FirstGroup ou celle d’Elliott contre Actelion. Mis à part le cas britannique, proche de celui des Etats-Unis, la structure de capital des groupes européens ne permet pas non plus des attaques trop agressives. «Le poids important des actionnaires ‘insiders’ (famille, dirigeants, salariés, ndlr) ne milite pas pour un haut degré d’activisme en France», reconnaît par exemple Deutsche Bank, en citant également l’interventionnisme de l’Etat et la règle des droits de vote doubles.
Enfin, l’actionnaire minoritaire étant mieux protégé en Europe qu’aux Etats-Unis, où les pilules empoisonnées pullulent, le recours à l’agressivité y est moins nécessaire. Il est donc probable que l’activisme européen se développe sur un mode plus «coopératif» qu’aux Etats-Unis.
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