Le reporting intégré séduit mais soulève de nombreuses interrogations

L’idée d’intégrer des données non financières et prospectives dans un nouveau rapport se heurte à la confidentialité des affaires
Bruno de Roulhac

Alors que l’IIRC (International Integrated Reporting Council) vient de lancer une consultation sur son projet de «reporting intégré», les entreprises françaises voient pour le moment dans ce reporting «une charge plus qu’un atout, explique à L’Agefi, Philippe Kubisa, associé PwC, spécialiste de communication financière. Néanmoins certaines y réfléchissent déjà, et les autres y viendront quand elles auront perçu leur propre intérêt, notamment sur la perception positive que cela donne aux investisseurs de leur modèle économique et de la création de valeur qui en découle», ajoute Philippe Kubisa.

Actuellement, peu de pays européens ont une approche de reporting intégré. «L’objectif de cette communication est de permettre, notamment aux investisseurs, d’appréhender plus facilement le métier des entreprises et leur création de valeur, ajoute Philippe Kubisa. Il ne s’agit pas de donner des éléments nouveaux, mais de casser l’information actuelle en silo, en la réorganisant de manière cohérente et transversale».

Lors d’une matinale de l’Institut français des administrateurs, Michel Laviale, membre du comité RSE du Medef, a rappelé que les objectifs initiaux du reporting non financier étaient à la fois internes, afin de faire évoluer les pratiques du groupe, et externes, pour peser sur les décisions des investisseurs. Or seul le premier point semble avoir été atteint. Les investisseurs ne sont pas encore convaincus, en dehors des gestions ISR.

Cette intégration ne doit pas se limiter au reporting mais concerner aussi la stratégie, estime Michel Laviale. Mais si les éléments extra-financiers sont intégrés au rapport financier, ne risque-t-on pas d’observer un recul en matière de transparence?

D’autant que «transparence et concision sont difficiles à allier», ajoute Dominique Ledouble, président de la Fédération française des experts en évaluation, rappelant que le reporting intégré doit apporter une orientation de long terme pour aller contre le «court-termisme» tant reproché aux marchés financiers. Pour autant, les entreprises sont-elles prêtes à donner des informations sur leur stratégie et à diffuser des informations prospectives ?

Dans la perspective de ce reporting intégré, «quel sera alors le rôle des administrateurs, que devront-ils contrôler?», se demande Laurence Dors, directeur associé du cabinet Anthenor Partners. Beaucoup de questions qui n’ont pas encore de réponse.

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